Santé : les "satanées" franchises

Publié le par Gérard CONTREMOULIN

Même à l'hôpital, l'addition finit par coûter cher » 

PATRICK PELLOUX, 43 ans, urgentiste à l'hôpital Saint-Antoine (Paris XIIe)

C'EST AUJOURD'HUI que sort «Histoire d'urgences»*, recueil de chroniques hebdomadaires de l'urgentiste Patrick Pelloux. Rappelons qu'il a été le premier à tirer la sonnette d'alarme lors de la canicule de 2003.

12 ans après votre arrivée à Saint-Antoine, qu
'
est-ce qui vous frappe le plus ?
Patrick Pelloux.
L'envolée de la violence. Les mecs qui se saignent au couteau pour une place de parking, les plaies par balle. Les soirs de match, on a le sentiment que Paris est livré à des hordes barbares. Quant à la « Fête » de la musique, ce soir-là, on doit doubler les équipes. Cette violence ne s'arrête pas à la porte de l'hôpital. Certains individus terrorisent les infirmières. Pas étonnant qu'
elles rendent leur tablier après 10 ans de métier...

La canicule de 2003 a révélé l
'isolement de certaines personnes âgées. Le constatez-vous toujours ?

Oui, même si la solidarité familiale n
'est pas un vain mot. Les nouvelles solitudes sont, aussi, celles des adolescent(e)s qui tentent de se suicider. Et là, c'est simple, on manque de places en pédo-psychiatrie. Depuis 10 ans, 100 000 lits ont été fermés en France. Du coup, nous manquons de places d'
hospitalisation et, aux urgences, les gens dorment encore sur des brancards.

Vous évoquez d
'ailleurs les heures passées au téléphone pour trouver une place...

Oui, avec parfois les « Quatre Saisons » de Vivaldi qui tournent en boucle pendant des heures. Une fois, nous avons dû contacter 34 hôpitaux avant de pouvoir placer en «réa» un malade qui était dans le coma...

Les malades qui débarquent chez vous sont-ils tous de « vraies » urgences ?
Environ 10 % des 135 patients qui arrivent chaque jour sont des urgences absolues. Alcooliques, SDF... d
'autres malades, c'
est vrai, ne sont pas aux portes de la mort. Depuis 2001, notamment, et la longue grève des gardes des médecins de ville, ils sont plus nombreux à venir le week-end.

Depuis cette grève, les médecins de ville auraient donc « lâché » les gardes ?
C
'est indéniable. Mais, à l'époque, le gouvernement a commis une énorme erreur en revalorisant les gardes de nuit à l'hôpital, sans le faire pour les généralistes de ville. D'où la bronca... et la situation actuelle : en Seine-Saint-Denis, la nuit, c'
est le désert.

Vous racontez que certains patients hésitent à se faire hospitaliser pour des raisons financières...
Ceux qui ont la CMU, passe encore. Mais ceux qui gagnent « trop » pour y avoir droit, les étudiants, les classes moyennes, tiquent de plus en plus. Il faut dire qu
'entre le forfait hospitalier, le ticket modérateur, le forfait de 18 ... l'
addition finit par coûter cher. Dans le livre, je parle de Victorine, 98 ans, qui a calculé que son hospitalisation représentait 58 % de son minimum vieillesse.

Avez-vous un message pour le nouveau gouvernement ?
D
'abord, ne pas mettre en place cette satanée franchise, qui dissuadera un peu plus certains patients de venir se soigner. Pourquoi, à la place, ne pas instaurer une taxe sociale sur les profits boursiers des entreprises - je rappelle que les bénéfices de certaines cliniques avoisinent 20 %... Et puis, arrêtons de fermer des lits ! Enfin, qu'il s'agisse de l'accès aux soins, des dépassements d'
honoraires, etc. la Sécu doit doper ses moyens de contrôle. 
* Éditions Le Cherche Midi, 17 €
 
 Source : Le Parisien
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Publié dans Interview

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