Royal se tire une balle dans le pied !

Publié le par Gérard CONTREMOULIN

"Royal donne une mauvaise image de la parole politique"

Source : NOUVELOBS.COM | 25.06.2007 | 19:00

par Vincent Tiberj, chercheur au CEVIPOF (Centre de recherche politique de Sciences Po)



Hollande a-t-il réussi à constituer un front "tout sauf Ségolène" autour de sa proposition de tenir un congrès après les municipales de mars 2008 ?


Hollande a l'avantage de la légitimité. Il ne fait qu'appliquer les règles du parti. S'il y a un front anti-Ségolène, elle a réussi toute seule à le créer. Elle a clairement fait le choix de s'affranchir des logiques partisanes pour en appeler à l'opinion. Selon moi, ce n'est pas un bon choix. Elle applique la même grille stratégique, qui avait fonctionné lors des primaires, pour la désignation du Premier Secrétaire, en prenant le parti par les sondages d'opinion. Royal appuie sa réflexion sur les défaites glorieuses du Parti Socialiste : Mitterrand qui arrive au deuxième tour face à De Gaulle, ou Jospin qui se hisse au premier tour de la présidentielle en 1995. Sa défaite à la présidentielle n'est pourtant pas comparable. Car Mitterrand se frotte au fondateur de la Ve République, qui est doté d'une aura et soutenu par les élites. Jospin arrive en tête au premier tour après une lourde défaite des socialistes aux législatives: jamais l'assemblée n'avait été aussi à droite qu'en 1993. De plus, le deuxième septennat de Mitterrand avait été marqué par les affaires. Ségolène Royal se présentait alors que le PS avait remporté les régionales de 2004. Le Parti Socialiste se trouve moins affaibli après le référendum sur le traité constitutionnel européen que Jacques Chirac. Le gouvernement sortant souffrait d'une forte impopularité. Nous ne nous trouvons donc pas dans la même configuration. Il s'agit d'une défaite lourde pour Ségolène Royal qui avait des atouts pour l'emporter. Si le PC et les Verts sont si bas, c'est qu'elle recueille leurs voix de manière automatique. Elle fait de son score mécanique, une victoire personnelle. De surcroît, elle applique une curieuse stratégie de communication en déclarant qu'elle ne croyait pas à la généralisation des 35 heures et à l'augmentation du SMIC à 1500 euros qui faisait partie de son pacte présidentiel. Elle envoie un mauvais message aux électeurs, aux militants et aux élites du PS. Et elle donne une mauvaise image de la parole politique. Elle se tire une balle dans le pied, d'autant qu'elle avait bâti en partie sa popularité sur sa crédibilité. Dorénavant comment ne pas lui demander si elle croit ou non en ses propositions? Samedi, on la voit en Poitou-Charentes, alors même que se déroule le Conseil National du PS à Paris, puis on la voit vendredi au journal télévisé, et on la retrouve le dimanche midi sur Canal +. Elle joue le contrepoint par rapport au parti et à ses élites. Elle veut s'abstraire de la logique de délibération collective et du parti. Mais c'est un choix dangereux. Ce qui a marché ne remarchera peut-être pas. Elle doit également faire son autocritique.



Pourquoi Ségolène Royal souhaite-t-elle se distinguer du parti et comment ses critiques sur la généralisation des 35 heures et l'augmentation du SMIC à 1500 euros sont-elles perçues dans l'électorat de gauche ?


Le degré d'accord pour l'augmentation du SMIC s'établissait à 75% au sein de l'opinion de gauche, proposition que Ségolène Royal considère comme irréaliste. Aller à rebours d'un marquage de gauche important n'est pas sans conséquences. On ne peut pas gagner une élection présidentielle avec "l'ordre juste" pour seul programme. Le pouvoir d'achat était dans l'air du temps, l'augmentation du SMIC correspondait à une attente pour un certain nombre de français. Sur la question des 35 heures, le degré d'accord s'établit à 50%. Mais elle touche une question plus globale, celle du rapport au travail que le parti doit repenser. Les retours en arrière de Ségolène Royal décrédibilisent son message politique. Surtout, elle devra faire face aux attaques de la droite, qu'elle oublie, car en politique on est attaqué. Le camp adverse lui rappellera dorénavant systématiquement qu'elle défendait pendant la présidentielle des propositions auxquelles elle ne croyait pas. Elle donne l'impression de ne pas vouloir être abîmée. Le fait qu'elle ne se soit pas présentée pas à Melle pour les législatives est très significatif. Outre le fait qu'elle se soit prononcée contre le cumul des mandats pendant la campagne, cela lui permet aussi de ne pas être attaquée à l'Assemblée Nationale. Elle cherche à se préserver, mais en même temps, son image est déjà fissurée par ses propos sur les 35 heures. "Faire de la politique autrement", ce n'est pas faire des promesses à la Jacques Chirac auxquelles on ne croit pas.



Le dernier calendrier adopté au Conseil National replonge-t-il le PS dans l'immobilisme ?


C'est toujours la même question. Est-ce qu'on peut réformer un parti en 1 mois ou est-ce qu'on a besoin de plus de temps ? Les raisons de la défaite sont quand même lourdes. Perdre 3 fois de suite pour un parti, c'est une première dans l'histoire de la Ve République. On ne peut pas trancher la question de l'alliance avec le centre en 2 mois. La refondation en 2 mois, cela signifie juste qu'on s'attaque aux peintures, mais pas aux fondations.


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Publié dans Interview

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