| Pourquoi un nouveau plan d'économies pour la Sécurité sociale, alors qu'une réforme a été adoptée il y a 3 ans ? Jean de Kervasdoué. La réforme de 2004 a été de la poudre aux yeux. Elle a consisté pour l'essentiel à transférer le déficit de la Sécu aux générations futures et à collecter des impôts nouveaux au travers de la hausse de la CSG. Cela n'a rapporté que 12 milliards de recettes nouvelles. Résultat, en 2008, le déficit cumulé de la Sécu devrait dépasser les 45 milliards d'euros.
Les mesures proposées aujourd'hui seront-elles suffisantes ? Non. Tout d'abord parce que certaines mesures, comme la baisse des honoraires des radiologues, ont déjà été comptabilisées l'année passée par le gouvernement ! Ensuite parce qu'une fois encore on ne traite qu'une partie du problème : pourquoi seulement 1,5 milliard d'économies alors que le déficit de 2007 sera de 7 milliards ? Certes, j'approuve l'idée de favoriser le parcours de soins et l'accent mis sur les médicaments génériques. En revanche, je suis opposé à l'augmentation du ticket modérateur. Une mesure qui, à terme, ne va pas réduire les dépenses de santé. Enfin, je m'étonne que rien n'ait été prévu pour l'hôpital, ni pour le contrôle des prescriptions. Qui paiera la plus grosse partie de la facture ? Incontestablement, les patients. Ce sont eux qui fournissent le plus gros effort. Sachant que cela n'a aucun sens de les responsabiliser : ce sont les médecins qui prescrivent et qui décident du sort de leurs patients. Pas l'inverse.
Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il mettrait en place une franchise médicale. Qu'en pensez-vous ? Cette franchise n'est pas une idée neuve. Un seul pays au monde l'a adopté : Singapour. Premier écueil : le système informatique de l'assurance maladie n'est pas capable de la mettre rapidement en place. Ensuite, elle ne limitera pas les dépenses : 52 % des dépenses de santé sont le fait de 5 % des patients, ils sont vraiment malades, ils paieront de toute façon. Que faudrait-il faire pour sauver la Sécurité Sociale ? Faire feu de tout bois : décentraliser le système de santé, contrôler les prescriptions médicales et les pratiques des médecins, modifier le mode de rémunération des généralistes, donner plus de liberté et plus de responsabilité aux hôpitaux car un assouplissement de ses règles de gestion s'impose... Nous avons vécu comme des cigales, nous devons payer ensemble de manière crédible et cohérente. Pour l'instant, nous sommes pointillistes et désordonnés. * CNAM ( Conservatoire National des Arts et Métiers) Source : Le Parisien |