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JM Apathie : le tournant

Publié le par Gérard CONTREMOULIN

L'heure approche 

17/10

Tournant

Il approche, celui du quinquennat. On se souviendra, plus tard, du départ en fanfare, le paquet fiscal, le choc de confiance, cette croissance que l'on va chercher avec les dents. Et puis, la pente tout à coup s'est raidie. L'image, hier, était saisissante. Nicolas Sarkozy à Bordeaux, accompagné d'Alain Juppé. TF1, oui TF1, vous savez cette télévision inféodée au pouvoir, dénoncée à ce titre chaque semaine par Marianne, le seul hebdomadaire de France où les journalistes sont libres, et bien habillés aussi, TF1 donc, montre sans fard le Président de la République dans la difficulté, le jarret durci par la dureté de la côte. La manifestation des étudiants en médecine, des internes et des infirmières l'a obligé à rebrousser chemin et à amputer de son programme la visite qu'il avait prévu de faire au CHU de Bordeaux. A un moment, parce que le monde est petit n'est-ce pas, sa route croise pourtant celles infirmières. Elles ne réclament pas grand chose ces infirmières bordelaises, des moyens pour travailler dit l'une, de la considération ajoute-t-elle, comprendre une meilleure rémunération. Le Nicolas Sarkozy qui leur répond a un air las, comme harassé par la charge qu'il a voulu et qui pèse à l'instant sur ses épaules. La réforme des hôpitaux, oui, je la ferai, répond-il mécaniquement, mais des sous… "Une fois qu'on a demandé des sous, on les prend où les sous?, interroge-t-il dans un rare aveu d'impuissance. Vous voulez que je les fabrique?" Rarement sinon jamais un chef de l'État aura exprimé l'impasse dans laquelle il se trouve, l'asphyxie qu'il subit dans son action la plus quotidienne.


Les tensions budgétaires sont immenses
. D'un côté, le déficit qui cette année encore, et puis l'année prochaine aussi, se creusera de plusieurs dizaines de milliards. De l'autre, des partenaires non pas européens, mais ceux qui ont en partage avec nous la monnaie, qui s'alarment de voir que nous continuons à nous exonérer, et avec quelle amplitude, de toute discipline budgétaire. Et au milieu, des services publics qui réclament avec des arguments, oui, avec des arguments, de l'argent que l'on ne peut leur donner parce que la richesse nationale, déjà ponctionnée à des hauteurs vertigineuses, surtout pour faire face aux remboursements des dépenses d'avant et au fonctionnement d'aujourd'hui, si peu est consacré à demain, aux investissements, la richesse nationale dons s'assèche et tarit.


Le Président de la République que la télévision montrait hier, que TF1 montrait hier, était comme tassé, comprimé par le poids de toutes ces tensions
. L'image soulignait spectaculairement combien les discours passés, ceux de la campagne, ceux d'après le 16 mai, résonnent artificiellement aujourd'hui. L'épreuve est devant nous. Elle sera lourde et difficile. Il n'est que temps de commencer à en expliquer la nécessité, le cheminement, les moyens, les objectifs. Hier soir, en regardant la télévision, je voyais un homme, seul parce que l'on est toujours seul dans ces cas là, et je me disais que peut-être cette confrontation avec des infirmières anonymes le sortirait de la rêverie publique dans laquelle il semble plongé depuis son élection.

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Publié dans Parlons de ...

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