Suites de l'affaire DGS
UIMM : un pilier du patronat qui vacille
Source : Les Echos
Principale composante du patronat français, l'Union des Industries et Métiers de la Métallurgie (UIMM) est profondément ébranlée par les soupçons de détournement de fonds de l'« affaire Gautier-Sauvagnac ». L'épisode marque la fin d'une époque pour une confédération qui a longtemps constitué un véritable « État dans l'État » au sein du MEDEF.
« Triste », « curieux », « navrant », « lamentable », « humiliant », « épouvantable », « désastreux », « catastrophique »... L'affaire Gautier-Sauvagnac a suscité dans les milieux patronaux une avalanche de qualificatifs à la mesure du symbole que représente l'Union des Industries et Métiers de la Métallurgie (UIMM), principale composante patronale en France. Un malaise d'autant plus fort que le scandale a éclaté le 26 septembre dans « Le Figaro », journal dont le propriétaire, Serge Dassault, dépend de la confédération de la métallurgie. Cette dernière est, en effet, soupçonnée de détournement de fonds pour avoir retiré au cours des 8 dernières années quelque 24 millions d'euros en liquide sur plusieurs de ses comptes en banque. Accusation à laquelle son président, Denis Gautier-Sauvagnac, oppose inlassablement un : « Le système existe depuis le Comité des forges de 1864, l'ancêtre de l'UIMM. » Il faut dire que la confédération de la métallurgie, fondée il y a 106 ans, ne rechigne jamais à convoquer l'Histoire avec un grand « H » pour imposer le respect. Sur son site Internet, elle fait remonter ses origines à 1789, en réaction à la Révolution qui avait « interdit toute coalition et toute association entre gens du même métier ». Aujourd'hui, les proches de celui que tout le monde appelle « DGS » conviennent de l'anachronisme et avouent tout bas que leur ami a toujours été « en décalage avec son époque ».
Denis Gautier-Sauvagnac est pourtant bel et bien à l'image de son organisation, « bunkerisé » dans un siège parisien à la façade évidemment métallique, à deux pas de l'arc de triomphe. Adversaire notoire de Laurence Parisot dès que celle-ci a brigué la présidence du MEDEF, en 2005, cette figure patronale atypique n'a pas hésité, un an plus tard, à prendre une revanche en se faisant coopter à la tête de l'UIMM, sans abandonner son titre de délégué général. Du jamais-vu dans une maison pourtant déjà habituée à être dirigée par des hommes d'appareil, comme Pierre Guillen, plutôt que par des chefs d'entreprise. Aussi la révélation selon laquelle, depuis des années, une collaboratrice allait chercher des valises de billets en échange de chèques, marque-t-elle « un tournant historique », affirment les branches concurrentes. Quand on demande à Georges Drouin, le patron du Groupement des professions de services au MEDEF, si c'est la fin d'une époque, il rétorque : « La réponse est dans la question. » Et, pas plus tard qu'hier, Laurence Parisot a évoqué « la naissance d'une nouvelle ère ».
L'affaiblissement de l'UIMM est pourtant plus ancien. Premier signe au début des années 1990, au moment où les politiques font leur mea culpa et votent des lois sur le financement des partis. « A l'époque, le président du CNPF, François Périgot, a commencé à faire le ménage dans les comptes, se souvient un ancien collaborateur, mais l'UIMM a refusé de suivre. » Deuxième signe en 1998, lorsque Ernest-Antoine Seillière décide, avec Denis Kessler, de transformer le CNPF en MEDEF. Des statuts modernisés, une organisation territoriale redéployée... Si l'UIMM soutient la transformation, « elle continue imperturbablement à fonctionner sur le modèle du CNPF », explique un ex-permanent. Troisième signe, en 2005, avec l'élection de Laurence Parisot. L'UIMM échoue à imposer ses vues. Et, grande première, le patronat se choisit un leader issu des services, avec le renfort de plusieurs fédérations industrielles comme l'agroalimentaire et le bâtiment ou, plus grave pour l'UIMM, l'automobile et l'aéronautique, 2 de ses propres adhérents, et non des moindres !
Car, contrairement aux idées reçues, la métallurgie dépasse très largement les frontières de la sidérurgie. Elle rassemble en réalité des familles aussi disparates que le nucléaire, la construction navale, l'électronique, les équipements ferroviaires et, depuis peu, la plasturgie. « Des familles qui gardent jalousement leur indépendance », relève Yvon Jacob, président de la Fédération de la mécanique. D'où le changement de signification du sigle UIMM, passé, pour élargir son champ d'action, d' « industries métallurgiques et minières » à « industries et métiers de la métallurgie ». D'où, également, l'extrême complexité de ses circuits de financement. Un vrai mille-feuille : les entreprises cotisent à leurs fédérations, lesquelles cotisent à leur tour, pour moitié à l'UIMM au titre de la gestion de leurs affaires sociales, et pour moitié au MEDEF, qui oeuvre dans le domaine économique. L'UIMM, elle aussi, cotise au MEDEF.
Un tel schéma permet de ratisser large et d'assurer, sinon une légitimité, du moins un semblant de représentativité. Mais il ne dit pas l'usage qui est fait des cotisations de la métallurgie. Si beaucoup de MEDEF territoriaux se retrouvent « sous la tente à oxygène de l'UIMM », selon l'expression d'Hugues-Arnaud Mayer, en charge des territoires auprès de Laurence Parisot, c'est un secret de polichinelle dans l'univers patronal que l'UIMM finance aussi « une pierre dans le jardin du MEDEF », autrement dit la CGPME, rappelle un expert du sujet. Selon une plaisanterie bien connue, « le plus gros adhérent de la CGPME, c'est Renault »... un membre influent de l'UIMM. Pour preuve, l'un des principaux décideurs au sein de l'organisation de Jean-François Roubaud n'est autre que Dominique de Calan, le numéro 2 de l'UIMM.
Autres destinataires des fonds de la métallurgie, et non des moindres, sur lesquels l'affaire Gautier-Sauvagnac commence à lever le voile : les syndicats. « DGS » a toujours dit qu'il lui revenait de « fluidifier le dialogue social ». Une vieille tradition. C'est à l'éclatement de la CGT, en 1947, que « l'UIMM a pris l'habitude d'aider ceux qui désirent, contre l'internationale communiste, avancer dans la réforme, c'est-à-dire FO, la CFTC et la CGC », lâche un proche. Pour ce faire, l'UIMM pioche dans un trésor de guerre de plusieurs centaines de millions d'euros, dont un fonds « anti-grève » mis en place par ses soins après mai 1968. Alimentée par des cotisations spécifiques des entreprises, cette caisse était destinée à soutenir financièrement les chefs d'entreprise confrontés à des occupations d'usine, mais elle a prospéré au-delà des espérances.
Pour imposer la transparence, Laurence Parisot va devoir jouer serré. Car il lui faut faire taire la rumeur selon laquelle « DGS » serait victime d'un complot du MEDEF. Michel Pébereau a beau être un ancien camarade de promotion de « DGS » à l'ENA, il est un soutien majeur de la patronne des patrons et préside BNP Paribas, la banque de l'UIMM qui a alerté la première les enquêteurs sur « l'affaire ». Laurence Parisot sait de surcroît combien la métallurgie a encore de beaux jours devant elle, avec ses 45.000 entreprises adhérentes et sa quinzaine de millions d'euros de budget annuel. Sans parler d'un savoir-faire inégalé. « Notre mission, c'est la régulation sociale », souligne Dominique de Calan, qui revendique, au nom de la confédération, l'invention du cumul emploi-retraite, du compte épargne temps, de l'association de garantie des salaires, du régime des intermittents et du premier accord de branche dérogeant aux 35 heures. Le temps où François Périgot parlait de l'UIMM comme de sa « résidence principale » est révolu. Mais, en 2003 encore, Ernest-Antoine Seillière a bien été obligé d'appeler à la rescousse son ancienne maison - dont Wendel est l'une des grandes figures - pour finir de payer le nouveau siège du MEDEF. Et d'autres ont gardé des souvenirs cuisants, tel Jean Gandois, qui découvrit en juillet 1995 que l'UIMM avait « convaincu » plusieurs députés de droite de vider de sa substance l'accord du CNPF sur la formation professionnelle. Ou tel Yvon Gattaz, qui faillit être victime d'un putsch orchestré par la métallurgie en 1986 et réclame aujourd'hui solennellement au gouvernement de changer la loi sur le financement des organisations patronales et syndicales. Pour, pense-t-il, « en finir avec la massification décérébrante du XIXe siècle ».
Les dirigeants de l'UIMM depuis 1968 :
Présidents :
1968-1970 : François Ceyrac.
1970-1971 : Marcel Petiet.
1971-1973 : François Ceyrac.
1973-1983 : Georges Ferrand et Jean Cantenot, en alternance.
1983-1985 : Georges Ferrand.
1985-1992 : Jean d'Huart et Arnaud Leenhardt, en alternance.
1992-1999 : Arnaud Leenhardt.
1999-2006 : Daniel Dewavrin.
Depuis 2006 : Denis Gautier-Sauvagnac.
Vice-présidents délégués généraux :
1968-1984 : Émile Boursier.
1984-1994 : Pierre Guillen.
1994-2006 : Denis Gautier-Sauvagnac.
Depuis 2006 : poste non pourvu.
Présidents :
1968-1970 : François Ceyrac.
1970-1971 : Marcel Petiet.
1971-1973 : François Ceyrac.
1973-1983 : Georges Ferrand et Jean Cantenot, en alternance.
1983-1985 : Georges Ferrand.
1985-1992 : Jean d'Huart et Arnaud Leenhardt, en alternance.
1992-1999 : Arnaud Leenhardt.
1999-2006 : Daniel Dewavrin.
Depuis 2006 : Denis Gautier-Sauvagnac.
Vice-présidents délégués généraux :
1968-1984 : Émile Boursier.
1984-1994 : Pierre Guillen.
1994-2006 : Denis Gautier-Sauvagnac.
Depuis 2006 : poste non pourvu.
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