Weber : non, la France n'a pas basculé à droite !

Publié le par Gérard CONTREMOULIN

 

Retour sur l'intervention d'Henri Weber, secrétaire national à la formation, au CN du PS

12 mai 2007



Chers Camarades, nous avons vécu douloureusement notre défaite du 6 mai dernier, d'autant que nous avions de nombreux atouts en main :

- Le bilan particulièrement calamiteux de la majorité sortante.
- La volonté des électeurs de sanctionner la droite.
- La droitisation de la campagne de Nicolas Sarkozy, en mars-avril 2007, en vue de récupérer les voix de Le Pen, qui a poussé les démocrates, bien au-delà de la gauche, à lui faire barrage.
- Le souvenir du 24 avril 2002, qui incitait les électeurs de gauche à aller voter et à voter utile.
- La prééminence aussi des thèmes économiques et sociaux, dans les préoccupations des Français, et non de celui de la sécurité, comme en 2002.

L'hégémonie des valeurs et des idéaux de gauche, enfin, n'en déplaise à certains analystes superficiels. Je voudrais tordre le cou aujourd'hui à un canard qui a pris son envol dans les médias et qui veut faire croire que la France a basculé à droite. Cette assertion est contredite par les faits comme par les enquêtes d'opinion.

Un pays qui a soutenu massivement, pendant 6 semaines, la grande grève des cheminots, en 1995, n'est pas à droite.

Un pays qui a donné 20 régions sur 22 à la gauche en 2004, qui a voté à 29% pour les socialistes aux élections européennes, alors que d'autres listes de gauche se présentaient à ses suffrages, n'est pas à droite. Un pays qui se prononçait, il y a 9 mois, pour Ségolène Royal, à 32% des opinions exprimées dans les sondages au premier tour et à 52% au second, n'est pas à droite.

Un pays dont la majorité des 18-24 ans vote à gauche, n'est pas à droite, même si la majorité des plus de 65 ans vote à droite.

Les tenants du virage à droite de la France font valoir les enquêtes d'opinions, qui toutes, soulignent l'aspiration des Français au rétablissement de l'ordre public et de l'autorité de l'État. Comment en serait-il autrement, après les années Sarkozy, qui ont vu la montée des violences contre les personnes et l'embrasement des banlieues ?

Mais la demande d'ordre et d'autorité n'est pas en soi une preuve d'évolution à droite de notre société. Tout dépend de l'ordre souhaité, et pour l'immense majorité des Français, il s'agit de l'ordre républicain et démocratique.

En aucun cas, il ne s'agit d'un retour à l'ordre autoritaire et répressif qui prévalait dans les premières années de la Vème République : 66% des Français sont pour le vote des immigrés aux élections municipales; 81% pensent que l'on ne doit pas faire de différence entre un Français et un immigré en situation régulière pour l'attribution d'un emploi, 61% se déclarent contre la peine de mort; 78% pensent que l'homosexualité est une manière acceptable de vivre sa sexualité.

Mais c'est sur les terrains social et culturel que l'hégémonie idéologique de la gauche est la plus nette. Les valeurs traditionnelles de la gauche : égalité, laïcité, justice sociale, liberté -mais liberté intégrée à l'idéal égalitaire- sont plébiscitées. Il en va de même pour les institutions que la gauche défend pour réaliser ces valeurs : la retraite par répartition, l'accès égal et gratuit aux soins, l'Hôpital public, l'École "laïque, gratuite et obligatoire", l'assurance chômage, le service public, les libertés syndicales, l'intervention économique de l'État...

Certes, les enquêtes d'opinion montrent aussi que les Français sont massivement favorables à la liberté d'entreprendre et à l'économie de marché. Là est la limite de l'influence de l'extrême-gauche. Mais dans le même temps, ils s'affirment hostiles au "libéralisme économique" qui veut réduire l'intervention de l'État. Ils restent attachés à l'économie mixte, chère à François Mitterrand, c'est-à-dire à une économie sociale de marché, régulée, corrigée, stimulée par l'action de la puissance publique et la négociation collective entre partenaires sociaux. S'ils admettent la nécessité de réformer l'État providence, ils refusent tout ce qui pourrait l'affaiblir ou le démanteler.

Aujourd'hui, les valeurs et les idéaux de la gauche sont dominants : nos concitoyens sont favorables à l'État républicain et laïque, au modèle social français, à la libéralisation des mœurs. Les idées libérales : l'apologie de la concurrence, la croyance dans les vertus autorégulatrices du marché, sont minoritaires.

Les leaders de la droite en sont conscients qui avancent masqués. Ils s'approprient nos propositions jugées les plus porteuses. La sécurité sociale du travail, l'Europe qui protège, l'État actif...et manient une rhétorique démagogique -vive Jaurès, vive Blum,...pour tromper les électeurs de gauche sur leur vrai dessein.

Cette analyse conduit à un pronostic : la politique libérale et autoritaire de Nicolas Sarkozy va se heurter à la résistance des salariés et de la jeunesse. Cette résistance, c'est à nous de la stimuler, l'organiser, lui faire écho à l'Assemblée Nationale et dans toutes les assemblées élues, à lui donner des perspectives politiques. Pour cela, il faut resserrer nos liens avec les syndicats et les associations populaires, à tous les niveaux; renforcer et diversifier notre corps militant, moderniser nos modes d'action et d'organisation.

Et pour commencer, équilibrer autant que faire se peut les pouvoirs, en envoyant un maximum de députés de gauche au Parlement. Il nous reste un mois pour le faire, cela doit être notre unique préoccupation.






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Publié dans Elections

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