La Laïcité ne tolère pas, elle RESPECTE !
Un peu de laïcité dans la campagne
par Raymond BELTRAN
Dans le cadre de la campagne en cours, nous voulons vous parler aujourd’hui de laïcité. Nous tenons à ce que les valeurs laïques soient présentes dans les débats citoyens et à ce que la promotion de ses valeurs se fasse dans les débats citoyens.
Nous avons fêté, il y a à peine plus d’un an, le centenaire de cette loi de 1905. Une belle unanimité avait salué l’équilibre réalisé alors par ce texte fondateur, qui clarifia la notion de laïcité. Cette unanimité, enfin réalisée, après les batailles de l’époque, nous avait rassurés. Les affirmations de hauts personnages de l’Etat que l’on n’y toucherait pas étaient rassurantes et, pourtant, des remises en cause s’entendaient déjà mezzo-voce et devenaient progressivement plus fortes.
Les privilèges de l’église catholique, bénéficiant gratuitement des bâtiments cultuels d’avant 1905, après des arrangements postérieurs, donnaient lieu à une contestation discrète mais présente en 2005 de l’église Reformée… Elle s’entendait davantage avec le parallèle affiché de la situation des musulmans, qui dépendaient de l’argent wahhabiste ou salafiste pour bâtir des mosquées…
Bref, la commémoration passée, les envolées politiques emportées par le vent de l’oubli, le ministre des Cultes (et de l’Intérieur) reprenait l’idée, qu’il avait soutenue dans des ouvrages qu’il avait commis depuis quelque temps, de la nécessité de financer les mosquées avec de l’argent public, discrimination positive oblige, malgré la loi de 1905.
Ainsi M. Sarkozy, ministre des Cultes, commanda à M. Machelon un rapport sur les moyens de « toiletter » la loi de 1905, qui n’était qu’une loi, qu’une autre loi pouvait modifier. Ce qui ouvrirait alors une brèche, pouvant rendre possibles d’autres brèches, déstabilisant l’équilibre si vanté en 2005 de commémoration en commémoration.
Nous voulons vous rendre très sensibles à la pérennisation de la laïcité en France, conscients de la valeur de rassemblement qu’elle représente pour la cohésion nationale et pour les libertés essentielles de croyance et d’opinion des individus. Nous vous proposons la constitutionnalisation de la loi de 1905.
L’art. 2 de la Constitution de la Vème République précise que :
« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. »
C’est clair si on veut bien comprendre ce que le mot laïque veut dire. Mais la réalité des interprétations diverses que l’on entend montre que, pour beaucoup d’élus politiques, c’est un concept qui s’interprète librement en fonction d’impératifs électoraux.
Si l’on veut que la loi de 1905 ne soit pas que l’occasion de gargarismes verbaux et que ses fondements soient pérennes il faudra s’engager à les réaliser tels. Il aurait été si facile en ces temps de modifications constitutionnelles fréquentes, dans la foulée de 2005, d’introduire dans l’art. 2 de la Constitution les trois lignes suivantes, tirées des art. 1 et 2 de la loi du 9 décembre 1905 !…
« La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées dans l’intérêt de l’ordre public. La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. »
Ainsi serait explicitée la signification exacte du qualificatif « laïque. » Ainsi seraient évitées les interprétations tendancieuses qui en déforment le sens.
Mais, pourquoi le silence a-t-il été si assourdissant sur ce thème ? Qui cela dérangeait tant qu’on n’ait pas voulu rendre conformes les discours avec les actes ? Il est vrai que, se déclinant d’après la Constitution, cela empêche des arrangements législatifs.
Tant il est vrai que depuis 1905 les reculs se sont ajoutés. Cela est évident dans le domaine des rapports entre l’école publique, laïque, et l’enseignement privé. Est-ce rouvrir la querelle scolaire que de dénoncer les lois successives qui contredisent le non financement des cultes de la loi de 1905 ? 85 % ou plus de l’enseignement privé est diocésain : cultuel… culturel ?… distinguo dialectique parfois subtil !
Permettez-nous de terminer par un éloge de la laïcité valeur universelle.
La laïcité ne tolère pas. Elle respecte l’autre. Elle ne tolère pas n’importe quelle idée en fonction d’une soi-disant neutralité qu’elle imposerait aux laïques. Les individus laïques ne sont pas neutres. Ils sont doués de raison et d’opinion. Ils ne sont pas stérilisés. Ils refusent d’accepter des idéologies et des idées contraires à la dignité humaine. Ils ne tolèrent pas tout et n’importe quoi.
La neutralité que la laïcité exige s’applique aux services publics, aux institutions officielles, aux agents d’autorité. Ils ne doivent pas être au service d’une confession ni d’une opinion politique. Ces services, ces institutions doivent être neutres parce qu’ils sont ouverts à tous les citoyens quelle que soit leur opinion ou croyance. Il ne faut pas que ces organismes puissent exercer des pressions sur les utilisateurs, diminuant leur liberté d’appréciation. La laïcité garantit les libertés individuelles en refusant les croyances et les opinions officielles imposées.
Les laïques respectent les individus. Ils se font une idée personnelle de leurs doctrines et les acceptent ou les refusent selon leur appréciation. Ils les combattent si elles sont nocives. Les laïques n’ont pas à accepter ce qui est intolérable. Le respect de la personne ne va pas à n’importe quelle opinion.
Il nous semble caractéristique que la lettre de Jules Ferry aux instituteurs, leur demandant de respecter les opinions des parents de leurs élèves, soit contemporaine de la loi Waldeck-Rousseau de 1884, donnant aux fonctionnaires, aux instituteurs, le droit de s’organiser en syndicats. Neutralité du service. Liberté d’expression collective et individuelle.
La laïcité a pour objectif de se libérer des emprises pesantes des églises, pour ceux qui le veulent. Elle garantit la liberté des croyances, donc aussi d’incroyance, pour ceux qui ne veulent pas d’elles. La laïcité permet la coexistence de citoyens différents dans un même lieu public, supprimant les pressions des uns sur les autres. La sphère publique, officielle, devant rester neutre, la liberté individuelle reste entière : c’est le domaine privé de chacun.
Comment ne pas voir, au-delà des oppositions privé-public qui ont jalonné l’évolution historique de la laïcité franco-française, que la loi de 1905 a forgé une notion universelle ? Elle peut être comprise et adoptée dans tout le Monde qui se reconnaît dans les Droits de l’Homme et du Citoyen.
Dans les lieux de tension où des communautés religieuses ou ethniques vivent séparées, côte à côte, s’opposant souvent, se massacrant parfois, seule la laïcité pourrait les rassembler dans une unité publique, commençant dès l’Ecole pour tous, neutre, laïque, leur permettant de cultiver librement, en privé, ce qui les différencie.
Nous ne rêvons pas. C’est difficile là ou là. Mais des voix se manifestent de plus en plus dans le monde pour considérer que la séparation du religieux et du politique est le premier pas pour faire de la laïcité un moyen de paix et de coexistence durable.
Voilà pourquoi, dans le cadre de cette campagne, nous avons voulu vous sensibiliser à la laïcité. Ce n’est pas une idée du passé. Elle est de plus en plus d’actualité. Elle est universelle et elle se répand.
Ce n’est pas une opinion mais la liberté d’avoir des opinions.
Carcassonne, le 16 février 2007