"Utopie Critique" : Présidentielle et démocratie

Publié le par Gilbert Marquis

De nouveau, la Présidentielle

vendredi 20 octobre 2006, Gilbert MARQUIS


Cet article est à paraître dans le prochain numéro 38/39 de la revue Utopie Critique (40 rue de Malte, 75011 PARIS)

Depuis l’établissement de l’élection présidentielle au suffrage universel, par la Constitution de la Ve république en 1958, l’attention s’est portée avant tout sur les enjeux de l’élection, au détriment de la nature de l’élection elle-même. C’est à dire la nature du nouveau régime, mis en place, en 1958 par De Gaulle, à la faveur du Coup militaire du 13 mai à Alger. Profitant de la guerre coloniale contre l’indépendance de l’Algérie les factieux liquidèrent la IVe république.

Un Coup d’Etat pour un régime « bonapartiste », ainsi qu’il fut qualifié dès le début par les marxistes sérieux. Une défaite du mouvement ouvrier, une défaite de la démocratie, une défaite de la souveraineté populaire.

 

Un président élu, tel une monarchie élective, qui disposera de pleins pouvoirs, auxquels le peuple ne pourra s’opposer que par une insubordination d’ampleur continue dans tout le pays, une grève générale, des barricades, des sacrifices de tout ordre, une insurrection...

 

Le « suffrage universel », appelé à refondre tous les sept ans, puis tous les cinq ans, le présidentialisme comme clé de voûte des institutions de la République, se retourne comme un piège contre le peuple. Lors de l’élection de François Mitterrand, auteur de la dénonciation du Coup d’Etat permanent, on aurait pu y mettre fin. Mitterrand se coula délicieusement dans une institution qui lui épargnait la peine d’expliquer ses retournements..

 

Sous des formes variées, ce type de pouvoir né, et créé pour en finir avec la Révolution française et la force du prolétariat, s’est imposé à l’échelle internationale ; suivant la montée en puissance de l’hyper-capitalisme mondialisé, flanqué du pouvoir omniscient des médias. La soi-disant « plus grande démocratie du monde » en est l’exemple le plus criant. Depuis l’invasion de l’Afghanistan, le Patriot act et la guerre contre l’Irak, George Bush n’en finit plus de fouler aux pieds les prérogatives du Congrès et du sénat, de passer outre les droits de l’homme dans sa chair : l’isolement et la souffrance des prisonniers de Gantanamo, la prison d’About Ghraïb et ses gardiens sadiques, les enlèvements de soi-disant « terroristes » placés secrètement dans des lieux étrangers et secrets pour les torturer. Le président du sénat américain, lui-même, est venu devant les caméras dénoncer, les uns après les autres, les mensonges de Bush qui ont permis l’invasion et l’occupation de l’Irak.

 

Pourtant, tous candidats

Alors à quoi rime la nouvelle et permanente course à la candidature de l’élection présidentielle ? Ả l’exception de quelques-uns, au lieu de dénoncer cette fonction bonapartiste ils se présentent pour la remplir ou font mine d’y croire. Leurs partis politiques sont priés de se transformer en écuries de course. LE candidat, LE porte-parole, L’élu, homme ou femme, devient le chef de file du parti. Le choix est imposé, essentiellement, par les médias et leurs instituts de sondages. Le découragement l’emporte et le « parti abstentionniste » ne fait que grandir.

 

Cependant, il n’y a pas lieu de se dérober devant une échéance, dont découle de fait notre avenir, car tout vote peut être retourné. L’occasion, comme celle du référendum sur le projet de Constitution européenne, doit être saisie.

 

Les candidatures ridicules à l’ego surdimensionné, type Kouchner, sont des farces et n’intéressent qu’elles-mêmes. Le Pen et De Villiers sont là pour capter un électorat découragé, pour faire peur et permettre, en comparaison, à d’autres plus sournois d’apparaître moins dangereux. Nicolas Sarkozy est de ceux là. Son mentor, Edouard Balladur, candidat en 1995, ayant échoué, il prend la relève. Il s‘est constitué candidat des fortunes rapides, coups de Bourse, patrons de presse et des médias télévisés, vedettes de la jet-set et de la nouvelle génération d’héritiers du grand capital. Il gère son ministère comme une baronnie. Sa brutalité envers les immigrés et les jeunes qu’il veut traiter au « karcher », sa tentative de mise au pas d’une magistrature, qui respecte les règles et s’appuie sur la loi pour gérer la misère et l’injustice sociale, sources principales de la petite délinquance, ne peuvent cacher son inefficacité. La politique du tout-sécuritaire montrera rapidement ses dangers en poussant à une criminalité accrue et plus violente, modèle USA, huit fois plus importante proportionnellement. Partisan du modèle américain, il s’attaque aux valeurs de la république, fondée sur la citoyenneté, la laïcité et l’universalisme, au profit de la montée en force du communautarisme contredisant le sens même de la République.

 

La misérable visite de courtisan, qu’il a fait à George Bush, pour souligner son alignement et sa vocation à faire de la France un supplétif des visées états-uniennes, est une véritable provocation contre Jacques Chirac et le refus de ce dernier à entrer en guerre contre l’Irak. Rien n’est encore joué entre les deux. Sarkozy a certes annexé l’UMP, mais que peut-on savoir de la fidélité d’un regroupement d’arrivistes ?

 

Tous contre Sarkozy

Les forces politiques qui entourent Nicolas Sarkozy veulent passer à un autre degré d’autoritarisme. Il est le vecteur des héritiers du capitalisme d’aujourd’hui, pleins de morgue, sans scrupules, à l’ère de la mondialisation et d’une finance sans patrie qui hait les entreprises d’Etat et méprisent les masses.

 

Contre cette candidature au pouvoir présidentiel, bonapartiste, il faut faire bloc à gauche ?

 

Le peuple s’est bien battu, dernièrement, dans l’unité, pour dire non lors du référendum sur le projet de Traité de Constitution européenne, (TCE) et contre l’écrasement de la jeunesse tenté par le Contrat de première embauche, (CPE). Néanmoins, nous n’en avons pas tiré les leçons faute d’analyse politique approfondie.

 

« L’européisme »contre l’internationalisme et le socialisme. Le NON a été avant tout un rejet d’ensemble de la situation telle qu’elle se développe, anti-démocratique et anti-sociale. Le « non » de gauche n’aurait pas gagné si en même temps il n’y avait pas eu une révolte contre l’Europe. Le « non » a été la dernière défense de la nation contre les élites européennes porteuses de la mondialisation, quelle que soit sa nature. Y compris contre la majorité de la gauche qui se voulait et se veut toujours « européiste » renonçant à l’internationalisme des peuples qui veulent collaborer, coopérer, s’unir sans abandonner leur identité nationale. La gauche qui soutient l’Europe apparaît comme complice des institutions européennes. Il faut reconnaître cette réalité et dénoncer constamment l’escroquerie de la représentation nationale, « bonapartiste », qui a voté à 90 % pour le TCE. Les 55% était la réalité politique du pays, de gauche ou pas. Ceux qui se croient de droite et ont voté « non », comme nous, contre Bruxelles, sont également contre l’oligarchie qui nous a passé un corset de fer.

 

En partant de cette analyse on peut parfaitement concevoir un rassemblement des « non » pour la souveraineté nationale, la démocratie, la paix et la satisfaction des revendications sociales. Etait-ce si difficile de poser en premier lieu un choix unitaire avec un candidat lige ? Un choix venant des « non » du parti socialiste, qui reste dominant dans la gauche.

 

Les 600 comités du « non » de gauche ont discuté d’une Charte alternative. Naturellement ils ont envisagé une candidature unitaire, mais les candidats sont nombreux, et quelle que soit l’opinion des Comités leurs propres formations politiques décideront en dernière instance. Ces comités qui reconnaissent les partis de la gauche radicale n’ont pas examiné sérieusement la question du rôle des socialistes qui ont appelé à voter « non » au TCE. Ils agissent comme s’ils avaient affaire, purement et simplement, à un parti entièrement gagné au tout « social-libéral ». Qu’espère donc ces Comités du « non » de gauche, de l’élection présidentielle, alors que les partis politiques représentés dans ces comités n’ont aucune prétention à être au second tour ? Un tour de piste, un petit recrutement, et la victoire du candidat de la droite ou du candidat de gauche ? A condition que ce dernier soit présent au deuxième tour car le 21 avril 2002 ce fut Le Pen qui affronta Chirac.

 

Quelle candidature de gauche pourra battre Sarkozy ? Celle du parti socialiste, qu’on a regardé d’un air détaché. Ségolène Royal qui a voté « Oui » au TCE et qui affiche un programme plutôt« blairiste » ? Cela leur est-il vraiment indifférent ?

 

Pour un candidat qui a voté « non »

Grâce à leur « radicalisme » ils ne se donnent aucune possibilité d’intervenir dans le choix du candidat socialiste. N’y avait-il vraiment aucun moyen de se rassembler autour d’un candidat socialiste, représentant la formation la plus importante de la gauche, qui a voté, comme nous, « non » au TCE ? Un vote de principe, une défense essentielle de la démocratie. Des dirigeants socialistes ont déjà rompu avec leur formation sur cette question. Une pression, une démarche unitaire pouvait les encourager plutôt que de se retrouver devant un fait accompli interne au PS ?

 

Il existe pourtant dans la tradition marxiste une politique qui a lutté pour l’unité des forces socialistes, pour le « front unique », Trotski l’a défendu avec acharnement contre le sectarisme de certains de ses partisans. L’esprit critique doit apprendre l’histoire pour s’exercer judicieusement. Reste à attendre que le parti socialiste fasse le bon choix...

 

Une victoire de Laurent Fabius à la Présidentielle serait une occasion de changer la donne, puisqu’il est le seul candidat du PS qui a voté contre le TCE. Il se propose de changer le statut de la présidence. Il s’est engagé à augmenter les salaires ; il affirme prendre, en priorité, les intérêts du pays. C’est très général et insuffisant. Cela correspond à la synthèse du Congrès du parti socialiste. Cependant il pourrait s’ensuivre une ouverture démocratique.

 

Il nous débarrasserait de Sarkozy. Ce serait plus important et significatif que quelques % de plus ou de moins pour Arlette Laguiller, le "postier", et même Marie-Georges Buffet. Rien n’empêcherait ensuite de se battre pour avoir plus de députés dans la prochaine Assemblée nationale.

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Publié dans Analyses

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