Les mal logés de la rue de la Banque : que font Boutin et Amara ?

Publié le par Gérard CONTREMOULIN


« Babar » encaisse pour les mal-logés

Source : Ouest-France, lundi 12 novembre 2007


Depuis début octobre,plus de 300 familles bivouaquent rue de la Banque, à Paris, pour réclamer des logements décents. Derrière cette action, il y a Droit au logement (Dal) et son président, Jean-Baptiste Eyraud, dit Babar, qui ferraille depuis vingt ans.


Fatia
a remonté la bâche de plastique bleue sur ses épaules. Le soleil vient de disparaître derrière les immeubles et le froid se fait plus humide. Nous sommes rue de la Banque, à Paris, à deux pas du Palais Brongniart - la Bourse -, sous le guet des gardes mobiles. Depuis le 3 octobre, plus de trois cents familles dorment à même le trottoir. Dix fois, vingt fois, Fatia, d'origine algérienne, en France depuis 36 ans, a raconté son histoire. La chambre d'hôtel de 20 m2, où elle vit depuis 2005 avec son mari et quatre de leurs enfants, les rats, les toilettes collectives, et les 3 000 € à verser chaque mois. Comme Samira, Zorah ou Traoré Nyélé qui se désole : « J'ai deux enfants, on est dans un hôtel sans issue de secours. Un accident, un incendie, on meurt tous. »


Les jours commencent à peser rue de la Banque. Babar le sait. Alors, il se démultiplie, entre les sonneries du portable, les mails à envoyer en urgence, les réunions qui n
'attendent pas, les contacts à relancer. Faut suivre et s'accrocher. En coup de vent, il tam-tame : « Carole Bouquet, elle fait Le grand journal de Canal, ce soir. Bon pour nous. »


Babar, vous le connaissez sûrement, vous avez déjà dû voir sa tignasse grise et frisée à la télé, chaque fois qu
'il s'agit de défendre les mal-logés, les sans-logis et de rappeler les élus à leurs engagements... Babar, c'est Jean-Baptiste Eyraud, président et porte-parole du Dal (Droit au logement). Né un certain hiver 1954, quand l'abbé Pierre poussa son fameux coup de gueule. Prédestiné en quelque sorte. Benoîte, une jeune militante de l'association, le croque en quelques mots : « C'est quelqu'un d'hyperactif, aux nerfs solides. Brillant, rapide et le défaut qui va avec : il peut parfois manquer de pédagogie. »


Depuis juillet, le Dal a installé son QG au 24 rue de la Banque, au rez-de-chaussée d
'un immeuble squatté et baptisé « Ministère de la crise du logement ». Une enfilade de bureaux, des placards qui débordent de tracts, d'affiches et de dizaines de sacs de couchage bleus qui ont été « rentrés l'autre matin à 6h, à la barbe de gendarmes mal réveillés ». Les « sacs de Madame Sutton », une riche héritière, morte il y a peu, qui, pendant des années, a fait fabriquer et distribuer chaque hiver des milliers de duvets aux mal-logés. Ses enfants et petits-enfants ont pris la relève.


15 h 30, soudaine agitation. Un militant vient d
'être intercepté par les gardes mobiles. Babar sort en trombe. Et parlemente. La tension retombe vite. Comme les éclats d'une guerre psychologique. « L'abbé Pierre serait encore là, il n'y aurait plus un flic ici depuis longtemps et Boutin (la ministre du Logement) aurait commencé à négocier. C'était notre force, l'abbé. » Plus que quiconque, Jean-Baptiste Eyraud sait le vide que le fondateur d'Emmaüs a laissé. « On était complices, on était amis. »


Aujourd
'hui, les célébrités prennent le relais. Ils sont une cinquantaine, les Bedos, Béart, Sanseverino, Depardieu, Bouquet... Les « people » moqués ici et là. Babar assume : « Qu'on le veuille ou non, ils prennent des risques. Ils ont un rôle important, de bouclier d'abord parce qu'il y a toujours une tendance répressive du pouvoir. D'amplificateur aussi. On les écoute. Et c'est plus efficace. »


Sur le coup de 18h, encore le portable, entre deux réunions : c
'est le directeur de cabinet du préfet de police. Il s'inquiète de la situation. « Vous voulez dormir tranquille, c'est ça ? lui demande Eyraud, narquois. Eh bien, sachez qu'il y a des femmes sur le trottoir qui elles ne dorment pas tranquille. » L'échange est ferme mais courtois.


Avec le temps, Babar a appris la patience et la ténacité. « Ne te décourage pas, lui a souvent répété l
'abbé Pierre, c'est un combat de longue haleine. » Il en sait quelque chose, depuis vingt ans qu'il court ce front en effervescence. Depuis cette réunion, fin 1986, convoquée à la hâte pour secourir des familles jetées à la rue après l'incendie de leur hôtel. Quelqu'un ce jour-là l'a interpellé : « Toi qui sais squatter, tu vas nous aider. »


Le pli est pris. Trois ans plus tard, ce sera le campement de la place de la Réunion. Des semaines dans la rue. Le DAL naît là, avec le généticien Albert Jacquard et le cancérologue Léon Schwartzenberg. Depuis, Babar n
'a jamais décroché. Les petites avancées quotidiennes ont toujours fini par repousser doutes et découragements. « On est dans le concret. Pas des théoriciens. En vingt ans, on a dû traiter 21 000 dossiers, régler 10 000 cas. » Claude, professeure en retraite qui milite à ses côtés depuis 1995, remarque sobrement : « Il vit comme il pense. Pas de décalage entre son engagement et son quotidien. » L'ancien charpentier est aujourd'hui salarié à mi-temps de l'association et complète par des vacations à l'École d'architecture. Après des années de squatt, il loue en HLM avec sa femme et ses trois enfants de 4 à 15 ans.


Bientôt 22h, un médecin vient de terminer sa visite quotidienne. « Attention, prévient-il, beaucoup de gastro et de conjonctivite. » Babar, lui, s
'apprête à passer une nouvelle nuit sur place.

Marc PENNEC.




« Un toit, c
'est la loi ! », ont crié, hier, lors d'une manifestation partie de la rue de la Banque, à Paris, plusieurs centaines de personnes, en solidarité avec les mal logés. La comédienne Carole Bouquet, accompagnée de Josiane Balasko, a interpellé Nicolas Sarkozy : « Nous sommes dans une République où il y a deux poids deux mesures. Pourquoi ? »




Mais, nous le savons maintenant, pour que les ministres bougent, il faut que le "zorro de proximité", qui-surgit-du-fond-de-la-nuit, qui fait office de président, se déplace... Mais là, il semble autiste.



Manifestation à Paris en solidarité avec les mal-logés
Dimanche 11 novembre.


PARIS (AFP) — Entre 800 personnes selon une source policière et 2.500 selon les organisateurs ont manifesté dimanche à Paris leur solidarité avec les mal logés aux cris de "Un toit c'est la loi!", à l'appel du collectif d'associations "ministère de la crise du logement".

Le chiffre de 800 n'avait pas été confirmé à 16H30 par la Préfecture de police.
Le cortège, parti vers 14H30 de la rue de la Banque (IIe arrondissement) où un campement de mal logés est installé depuis près de six semaines, a constaté une journaliste de l'AFP. Il devait revenir à son point de départ après être passé notamment par le passage Brady (Xe) où un incendie survenu dans la nuit de mercredi à jeudi dans un petit immeuble a fait trois morts.

"Un toit c'est la loi!", "ça suffit Madame Boutin", scandaient les manifestants en interpellant la ministre du Logement et de la Ville, Christine Boutin.

"On demande des logements dignes au gouvernement, on travaille, on paie des impôts, on mérite mieux que des petits appartements", a expliqué à l'AFP Diaby, une Malienne de 22 ans qui vit à Paris avec ses deux enfants dans un appartement de 10 m2.


Derrière les drapeaux colorés de Droit au Logement (Dal), la FSU, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), la Ligue des droits de l'homme (LDH) ou encore d'Alternative libertaire, une grande banderole dénonçait le travail de la justice après une série de trois incendies meurtriers dans des hôtels parisiens insalubres en 2005. "52 morts dont 33 enfants, que fait la justice?", pouvait-on lire.

Silla, 22 ans, campe avec les autres mal logés de la rue de la Banque depuis un mois : "On est prêts à rester le temps qu'il faut pour nous faire entendre du gouvernement" mais "ce n'est pas facile d'être dehors avec les enfants", a-t-elle ajouté.

Peu avant la manifestation, les comédiennes Carole Bouquet et Josiane Balasko ont stigmatisé le désintérêt de la majorité de la classe politique pour ces questions, lors d'une conférence de presse dans un café du quartier de la Bourse.

"Je me demande ce que foutent les mecs du Parti socialiste (PS), où est l'opposition?", a interrogé Josiane Balasko.

Carole Bouquet a de son côté interpellé Nicolas Sarkozy. "Je demande au président de la République pourquoi il y a une telle différence de traitement dans un pays qui se dit de l'égalité entre les citoyens, quelles que soient leurs couleurs et leurs origines", a déclaré l'actrice.
"Nous sommes dans une République où il y a deux poids deux mesures", a-t-elle ajouté.

S'exprimant aux côtés de Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Dal, du médecin urgentiste Patrick Pelloux et de Mgr Jacques Gaillot, la comédienne a tenu à préciser qu'elle parlait en son nom propre.

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Publié dans Mobilisation

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B
J'ai oublié de mettre une majuscule à "Pauvres"
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B
N'est-ce pas là qu'il est le vrai socialisme?Babar!...Quelle belle leçon pour nous qui nous disons socialistes et vivons dans notre "petit confort"!Ouvrons nos yeux et nos oreilles pour être à l'écoute des pauvres et ainsi être à même de prétendre à s'occuper de mieux gérer que la droite!
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