Sarkozy vu du Sénégal
Quand Sarkozy insulte l'Afrique à partir de Dakar
Wal Fadjri (Dakar)
Publié sur le web le 22 Août 2007
par Katy Cissé Wone
Quand Nicolas Sarkozy, fils d'émigrés hongrois, naturalisé français, accède à la magistrature suprême en France, l'homme, dont on espérait au moins une démarche de rupture dans les relations entre la France et l'Afrique, annonce la couleur en disant : 'Je veux lancer à tous les Africains un appel fraternel pour leur dire que nous voulons les aider à vaincre la maladie, la famine et la pauvreté et à vivre en paix. Je veux leur dire que nous déciderons ensemble d'une politique d'immigration maîtrisée et d'une politique de développement ambitieuse'.
Oui déjà, il s'adressait à nous comme à des mendiants et des malades qui trouvent pourtant l'énergie de se livrer à leur sport favori, la violence. L'Afrique qui se bat, qui performe, qui réalise des pas, qui est en marche dans un rapport à la modernité en construction quotidienne, l'Afrique des Africains qui créent et qui refusent la fatalité ; cette Afrique et ces Africains là ne l'intéressent pas. Sous cet aspect, point de rupture.
Et ce jeudi 26 juillet 2007, dans une audace relevée d'un cran, le président Nicolas Sarkozy aura déployé dans toute sa hideur l'architecture de sa pensée sur l'Afrique et les Africains à l'université de Dakar en ce haut lieu du savoir et de l'intelligence ; voudrait-il que son discours ne souffrît d'aucune équivoque qu'il ne s'y serait pas pris autrement. Mais la question qui taraude l'esprit est la suivante : comment en sommes-nous arrivés là ?
Qu´est-ce qui, venant de nous, autorise un président français à s'adresser à nous en des termes aussi dégradants et avec une sérénité aussi parfaite ?
Ce tableau était d'autant plus irréaliste que le stoïcisme et le calme de l'auditoire n'avait d'égale que la gravité de l'insulte et du mensonge. Il ne s'en est pas trouvé un pour protester ouvertement, se lever, quitter la salle et tourner tout simplement le dos à Sarkozy. En 2007, face à des Etats Africains devenus souverains pour la plupart depuis bientôt 50 ans, comment en est-on arrivé à passer d'une situation où les anciens maîtres, après des siècles de domination et de relations heurtées, ont instauré face à la résistance des dominés, un climat officiel, certes hypocrite et intéressé mais empreint de civilités, à une situation où l'on ne prend même plus de gants ; il est essentiel pour nous de savoir, pourquoi, tombant les masques, on ne se gêne plus pour faire ressurgir les vieux démons de la suprématie d'un modèle occidental sur les sociétés africaines 'arriérées'.
Oui, de ce point de vue, il y a rupture dans la manière d'humilier publiquement l'Afrique ; il y a rupture dans la manière d'assumer ouvertement envers l'Afrique des positions intolérables. C'est dans l'air du temps que de dégrader et d'insulter ouvertement l'Afrique ; d'ailleurs, ceux qui le font, à l'instar de Stephen Smith, sont primés.
Avec Sarkozy, Gobineau est remis au goût du jour et le mythe du nègre bon sauvage qui transpire à grosses gouttes de tout son discours n'est rien d'autre que du racisme. ( .) 'L'homme africain est aussi logique et raisonnable que l'homme européen' : bonne nouvelle !! Réaffirmer ce truisme relève tout simplement de la provocation.
Mais il est finalement bon que les choses soient enfin claires entre la France et l'Afrique. Il est donc important que nous en tirions toutes les conséquences et qu'enfin, nous commencions à dissocier ce qui est acceptable de ce qui ne l'est pas.
Peut-on imaginer un seul instant qu'un président d'un pays d'Afrique soit invité à s'adresser à l'Europe à partir de la prestigieuse Sorbonne et que, sûr de son bon droit, il assène ses vérités aux communautés européennes en leur reprochant, par exemple, d'être matérialistes, individualistes, athées, inhumaines, décadentes et d'avoir des moeurs débridées ? Ce n'est même pas imaginable n'est-ce pas ? Pourquoi est-ce si facilement réalisable quand il s'agit de l'Afrique ?
L'autre aspect qui ne peut manquer d'être questionné est le sens et la sincérité de la présence de représentants des minorités dans un environnement gouvernemental et présidentiel où, manifestement, leurs communautés d'origine et d'appartenance sont vues à travers des clichés réducteurs et d'un autre âge. Je pense bien sûr à la jeune Rama Yade et à d'autres. Gare à la tentation de trop vouloir faire ses preuves pour démentir des préjugés tenaces dans un tel environnement.