Duhamel voit en Royal un Bonaparte de gauche...

Publié le par Gérard CONTREMOULIN

Royal, bonapartiste de gauche



par Alain Duhamel
 
Le temps de Ségolène Royal est loin d’être passé. La présidente de la région Poitou-Charentes vient certes de commettre une série estomaquante d’erreurs et de fautes, comme si son honorable défaite au second tour de la présidentielle l’avait surprise, choquée et désemparée au point de lui faire perdre toute perspicacité, tout réalisme et jusqu’à sa fameuse intuition. Il est cependant plus que vraisemblable que, après quelques semaines de vacances, Ségolène Royal aura soigné ses bleus à l’âme et recouvrera ses esprits.
 

Elle demeure la figure politique la plus populaire à gauche. Même si Dominique Strauss-Kahn réussit un spectaculaire rétablissement dans l’opinion et si Bertrand Delanoë y effectue une intéressante percée, les électeurs socialistes conservent une prédilection particulière pour celle qui a porté leurs couleurs et incarne une forme baroque de rénovation. Par ailleurs, à la base du PS, elle continue d’inspirer une ferveur mystérieuse entre politique et psychologie des profondeurs. Enfin, même si plus d’un de ses lieutenants a été échaudé par son comportement récent, la plupart d’entre eux croient toujours en son destin. La réélection de Jean-Marc Ayrault à la tête du groupe socialiste de l’Assemblée nationale - un royaliste précoce - et le choix du mirobolant Arnaud Montebourg, lionceau aussi ardent que vorace, ségolénien de choc comme porte-parole de ce groupe, prouvent au moins qu’elle n’est pas isolée.
 

Quant à ses atouts personnels, ils demeurent intacts : Ségolène Royal possède une audace, une ambition, une énergie, une dureté, un charisme, une soif de revanche, une confiance en elle, un aplomb toujours impressionnants. Personne n’a souri lorsqu’elle a annoncé, à peine battue, qu’elle serait de nouveau candidate. Reste que son comportement durant la campagne, pendant l’entre deux tours et depuis l’élection de Nicolas Sarkozy a beaucoup appris sur sa personnalité, sur sa méthode et sur ses convictions. Après un an et demi sous les feux constants des projecteurs, des caméras et des photographes (elle attire la lumière autant que la lumière l’attire, ce qui n’est pas peu dire), on constate qu’elle place les techniques les plus modernes au service d’une très vieille tentation, celle du bonapartisme de gauche.
 

Au premier regard, on est frappé par le professionnalisme avec lequel elle recourt à toutes les ressources de la très ambiguë démocratie d’opinion. Elle a bâti, elle n’a cessé de bâtir et elle bâtit encore son image en s’appuyant inlassablement sur la télévision et sur les sondages. Ainsi prend-elle d’assaut son propre parti par l’extérieur, construit-elle un lien personnel et direct avec l’opinion, en appelle-t-elle sans désemparer aux Français contre les appareils politiques, à la base contre le sommet, aux militants contre les dirigeants (élus), au peuple contre les gouvernants. Comme elle ne manque ni d’habileté ni de cynisme, elle fustige violemment au passage les instruments même qu’elle emploie. Elle dénonce l’hostilité de la télévision, ce qui ne l’empêche pas de passer en 3 jours sur France 2, Canal + et TF1 - objectif totalement inaccessible pour un autre socialiste -, d’y être interrogée 2 fois sur 3 avec les précautions empathiques d’un jardinier japonais soignant une orchidée, de faire savoir froidement qu’au même moment son calendrier l’empêche d’assister au Conseil National du PS, puis de lâcher tout à trac qu’elle préfère la compagnie «des gens paisibles».  Logique ostensiblement populiste et plébiscitaire : bonapartiste de gauche.
 

De même se plaint-elle amèrement d’une presse qui l’a pourtant longtemps encensée et critique-t-elle les sondages sur lesquels elle grimpait naguère pour s’imposer aux socialistes. Rien de ce qui participe à la fabrication de l’opinion ne lui échappe, elle en connaît toutes les recettes. Cette méthode - la démocratie d’opinion -, elle la place au service d’une personnalité dominatrice, égotiste et autoritaire : bonapartiste.
 

Ségolène Royal est une Lætitia qui aurait lu Simone de Beauvoir. Elle a des revanches à prendre et du mérite à y parvenir. Elle a des intuitions, des convictions et des postures toutes organisées cependant en fonction d’elle-même. Son tempérament (énergie, voracité médiatique, opportunisme, comme à propos de l’Europe) la porte clairement vers le blairisme. Sa marque est avant tout l’autodétermination. Ségolène Royal prône la démocratie de participation, mais pratique la décision solitaire. Elle ne s’encombre ni des statuts, ni des procédures, ni des marchandages. Elle tranche en fonction d’elle-même et de ses intérêts, sans hésiter, sans trembler, sans ménager quiconque, avec une hardiesse tantôt judicieuse et tantôt aveugle, en ce sens plutôt Second Empire que Premier Empire. Le PS a le culte (peut être erroné) des alliances à gauche ? Elle opère une théâtrale volte-face vers les centristes, allant jusqu’à envisager de faire de François Bayrou son Premier Ministre. Le projet socialiste, dont elle est coresponsable, puisqu’elle appartenait à la commission qui l’a élaboré et qu’elle a contribué à son adoption, avait 2 mesures phares : le SMIC à 1 500 euros et la généralisation des 35 heures ? Elle les récuse publiquement, sans crier gare. Elle se montre ainsi absolument logique avec elle-même, traçant sa voie en toute indépendance, en toute indifférence vis-à-vis d’autrui.
Bonapartiste.


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Publié dans Analyses

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D
Statutairement, je n'avais pour ma part aucun droit à la parole, m'a-t-on dit. J'étais intervenu lors d'un conseil fédéral précédent sur la question de la mise en place des outils Internet.J'avais tant de choses à dire. Je dois dire que j'ai été profondément révolté d'entendre parler de luttes des classes. On se serait cru au congrès de Tours. Certains d'ente nous ne se trompent-ils pas de parti ? J'en dirai autant de la social-démocratie qui est morte avec l'effondrement du mur. En l'absence de mur, rien ne peut empêcher la social-démocratie d'aller naturellement vers la droite (Bockel, Kouchner, ...) L'hémorragie est loin d'être finie. Elle est peut-être même souhaitable.
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D
Ca devient le blog du modem ici ! A quand Jean-François Kahn ? ;+)Remarque. Je me souviens de futurs-ex camarades invoquer le vote révolutionnaire en appelant à voter Bayrou publiquement. Rassure-moi : ils ne seront pas exclus ? C'est vrai que nous avons de profondes divergences. Elles sont peut-être viscérales et vont bien au delà de ce que je croyais.Ah c'est vrai. Y a pire... Anne Mansouret ?
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G
Un débat ne se fait pas qu'entre convaincus ! Et ce n'est pas la première fois que A. Duhamel est repris ici, de même que d'autres, comme Denis Collin, JM Apathie ou JL Mélenchon...Bien évidemment, je revendique mes choix pour l'information des camarades.Et de ce point de vue, je regrette le quasi mutisme (excepté Alfred) des soutiens de Royal lors du dernier conseil fédéral... On pouvait attendre une intervention de l'animateur de la campagne présidentielle. Mais Eric est resté coi !Quant à Anne, elle a effectivement la qualité de membre du PRG ! Je te renvoie donc à nos statuts sur les cas de double appartenance !Et ce n'est pas parce qu'elle déjeunait le lendemain midi avec Franck Martin, à Evreux, que j'en tire des conclusions malicieuses. Mais tu avoueras qu'elle ne met quand même pas tout de son coté ! Cette affaire est sérieuse...