Royal : Redonner confiance !
Redonner confiance aux Français dans leur identité.
Dernière des 12 à être interrogée par Ouest-France, Ségolène Royal.
De nombreux Français sont indécis à une semaine du vote. Cela vous inquiète-t-il ?
Les Français vont écrire une nouvelle page de l'histoire de France, sans doute pour une génération. C'est un choix grave. Les Français regardent, réfléchissent, mûrissent leur choix. J'ai confiance.
Sur quoi repose cette confiance ?
La France d'aujourd'hui a besoin de nouvelles règles et, en même temps, de se sentir solide sur ses valeurs fondamentales. Moi, je me sens enracinée dans des valeurs constantes. J'exprime une cohérence entre les valeurs de la famille, de l'école, du travail et de l'écologie. Je corresponds à une attente. Je crois que l'on peut réconcilier les valeurs traditionnelles de la gauche - la solidarité, la sécurité sociale, les services publics - avec l'efficacité économique. La logique libérale a affaibli la sécurité collective, pensant faire repartir la croissance. C'est l'échec : il faut donc tout le contraire.
La question de l'identité nationale n'occulte-t-elle pas les préoccupations des Français sur l'emploi et le pouvoir d'achat ?
Je ne crois pas. Il est normal que les Français sachent comment je veux incarner la nation. D'autant qu'on a laissé longtemps à l'extrême droite le monopole de cette question. Il faut absolument empêcher la confusion entre nationalisme et identité nationale. Les débats participatifs et, ceux, auparavant, sur la Constitution européenne, ont montré de profondes interrogations, notamment des milieux populaires, sur ce qu'est la France.
C'est un contre-effet de la mondialisation ?
Ma volonté est de redonner confiance aux Français dans leur identité afin qu'ils se tournent confiants vers l'Europe et le monde. L'enjeu majeur de demain sera de tirer bénéfice de la mondialisation et non de se replier sur soi. D'être forts économiquement et culturellement pour stopper le sentiment de déclin. On peut au niveau de l'Europe peser sur les règles du jeu mondial et lutter contre les délocalisations. Mais il faut agir vite et ensemble. La France a fait preuve d'inertie pendant 5 ans.
Certains partisans du oui, au sein du PS, s'étonnent du rôle que joue auprès de vous Jean-Pierre Chevènement.
Je suis la seule candidate à être soutenue à la fois par des partisans du oui, Jacques Delors, et du non, Jean-Pierre Chevènement. Je suis une Européenne convaincue mais j'ai compris qu'un certain nombre de Français, les jeunes et les catégories populaires, ne veulent pas de n'importe quelle Europe. Avec moi, l'Europe conduira à la croissance et à l'emploi, par la recherche, l'innovation et le protocole social. Si elle prend ce chemin, je me fais forte de conduire les Français à adopter un nouveau Traité.
Vous êtes attendue aussi sur la relance économique en France ?
Je promets aux Français le retour de la confiance. Je suis une femme qui a l'expérience de l'État et des territoires. Je suis une femme de gauche qui regarde la réalité telle qu'elle est, avec le souci de l'efficacité et ouverte sur les autres bonnes idées. Je veux faire un pacte avec les entreprises, sécuriser celles qui ont besoin de flexibilité ainsi que les salariés grâce à la sécurité sociale professionnelle. J'apporte la garantie de la paix sociale car rien ne se fera sans dialogue social.
Des électeurs de gauche sont tentés par le vote Bayrou. Que leur dites-vous ?
François Bayrou est une personnalité respectable mais il n'a ni programme ni équipe. Il se dit anti- système mais se livre à des combinaisons politiciennes. Moi, j'ai écouté les gens. Ils ne veulent plus d'une politique qui calcule et combine.
Pouvez-vous bousculer jusqu'au clivage droite-gauche ?
Je pense pouvoir réaliser des dépassements aux oppositions traditionnelles, une réconciliation entre les valeurs fortes de la gauche, au premier rang desquelles l'éducation et les solidarités, avec la responsabilité individuelle et l'efficacité économique.
Êtes-vous prête à reprendre la tradition du débat télévisé entre les 2 tours ?
Bien sûr, et je regrette que Nicolas Sarkozy ait refusé le débat au premier tour. J'appelle les Français à un vote audacieux qui rendra à la France sa fierté.
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