UMP et politique de la ville

Publié le par Gérard CONTREMOULIN

 

 

Alerte sur la solidarité urbaine

 

 

Après la publication du projet de l'UMP, voici une analyse de la partie consacrée à la politique de la Ville.

Les banlieues dans le projet UMP : Alerte sur la solidarité urbaine

Le projet législatif de l’UMP désigne les habitants des quartiers populaires comme des délinquants potentiels qu’il faudrait corriger en leur enseignant le respect à l’école. Si la crise sociale et urbaine ne fait pas partie des « vrais problèmes », elle permet néanmoins à Nicolas Sarkozy de faire à bon compte l’étalage de sa fermeté face à ce qui est avant tout perçu comme un problème d’ordre public, et aucunement de justice sociale. L’UMP propose de rompre le relatif consensus qui existait jusque là entre la droite et la gauche pour maintenir notre modèle républicain du vivre ensemble.

Le diagnostic : la faute aux autres

Selon l’UMP, la situation dans les banlieues ne s’explique certainement pas par « l’excès de chômage » ou « l’insuffisance des fonds publics », mais bien plutôt par « la dictature des bandes, le renoncement subi ou voulu des familles, l’immigration non maîtrisé, l’intégrisme religieux ». La politique de la ville est définitivement vouée aux gémonies : « Pendant 20 ans, la politique de la ville (…), à quelques exceptions près, comme le plan de rénovation urbaine actuellement engagé[1], n’a guère pu faire davantage qu’acheter la paix publique en subventionnant des associations et des séjours de vacances. » L’injustice à l’égard des acteurs se double d’un aplomb scandaleux : la droite a supprimé en 4 ans le tiers des subventions de la politique de la ville.

La solution : chacun chez soi

Les propositions concernant les habitants des quartiers apparaissent significativement dans la sous-partie « Assurer la dignité à tous ceux qui vivent en France », et après plusieurs développements consacrés aux étrangers, à qui l’on demande le respect des valeurs nationales, tout en leur retirant des droits fondamentaux comme celui de se soigner gratuitement. Les habitants des quartiers populaires, pourtant dans leur immense majorité de nationalité française, sont manifestement assimilés à une communauté étrangère.

Inutile de chercher trace d’un engagement financier supplémentaire et durable. D’ailleurs, « les crédits de la politique de la ville aujourd’hui consacrés à acheter la paix publique par le financement d’activités ludiques plus ou moins utiles et qui ne profitent pas toujours aux plus méritants, seront par ailleurs réorientés vers le financement d’activités culturelles et linguistiques… » Il est très frappant de constater que le projet de l’UMP ne mentionne nulle part l’énorme besoin de logement social (aucun engagement quantitatif, et même remise en cause du quota de 20% imposé aux communes, en baissant le seuil, en raisonnant en flux, et en incluant les logements en accession sociale à la propriété). L’effort de renouvellement urbain est à peine évoqué, avec un vague engagement à œuvrer pour le désenclavement. Au contraire, il est proposé de « vendre la plus large partie du parc HLM dans les quartiers difficiles car la propriété est source de sécurité, de respect, de civilité ». L’UMP propose clairement de renoncer à la mixité sociale, sous couvert d’une « société du libre choix » encourageant ceux qui le peuvent à quitter les quartiers (« aides à la mobilité »).

Inutile de chercher des solutions au problème de l’emploi (alors même que le document reconnaît un taux de chômage 2 fois plus important que dans le reste du pays) ou des discriminations (conforter la HALDE, CV anonyme « chaque fois que possible », vague proposition de « label diversité » proposé aux entreprises et imposé à l’administration). Même les zones franches urbaines inventées par Alain Juppé et étendues par Jean-Louis Borloo sont passées sous silence.

Le projet est plus clair en ce qui concerne l’éducation. En dehors de propositions banales (internats, écoles de la 2ème chance) ou déjà avancées par le PS (5% dans les grandes écoles, tutorat, service civique obligatoire), l’essentiel concerne l’Éducation prioritaire, pour laquelle un « plan d’urgence » est préconisé. Il s’agirait de concentrer l’ensemble des moyens dans quelques établissements aux effectifs restreints qui mettraient en place un « projet éducatif d’excellence ». Évalués au bout de 3 ans, ceux qui réussiraient deviendraient « établissement-pilote », les autres étant vidés de leurs élèves et la carte scolaire supprimée. Plus grave encore, on trouve dans la liste de propositions l’idée de « ne plus dissuader et au contraire encourager la création d’établissements ou d’antennes d’établissements sous contrat dans les zones défavorisées ». L’enseignement privé et religieux, encouragé de manière générale dans le projet UMP, est ainsi directement appelé à se développer massivement dans les quartiers, là où l’éducation nationale serait spécialisée ou laissée à l’abandon.

Mais l’essentiel des propositions de l’UMP pour les quartiers concerne bien entendu la sécurité, sachant qu’ « il ne saurait être question de rétablir la police de proximité », malgré le bilan désastreux du Ministre de l’Intérieur, notamment en ce qui concerne les violences aux personnes. Dans ce registre, on peut lire dans le projet UMP que « longtemps dans notre pays, et encore aujourd’hui parmi nos adversaires, on a cherché des excuses à la délinquance (et) ignoré les vrais problèmes : la situation des jeunes femmes dans les banlieues, le calvaire de certains enseignants, la résignation des familles, les conséquences de l’immigration incontrôlée, la réalité des discriminations. On a laissé se construire des amalgames entre insécurité et banlieues, entre délinquance et immigration, entre violence et islam. » Tout est dit : la réponse aux problèmes des banlieues sera une politique d’ordre public ; l’immigration choisie permettra de faire reculer la délinquance, et le communautarisme permettra de diminuer la violence. Le projet est intarissable sur le sujet, reprenant notamment les propositions du récent projet de loi de prévention de la délinquance qui alourdit les sanctions pénales en direction des mineurs et transfère l’échec du Ministre de l’Intérieur aux maires, appelés à devenir de véritables « shérifs ».

Enfin, s’agissant de la « gouvernance » des zones urbaines sensibles, le projet de l’UMP mentionne la proposition très surprenante de désigner « dans chaque quartier, d’un commun accord, un responsable doté de vrais pouvoirs, disposant directement de tous les crédits, notamment les crédits d’État, chargé de planifier la politique de la ville dans le quartier ». Chaque quartier disposerait ainsi d’une sorte de « gouverneur » non élu, qui aurait la haute main sur la conduite des politiques publiques, comme si les quartiers étaient des colonies.

Les silences : circulez, y’a rien à voir

Les silences sont parfois aussi éloquents que les propositions :

• Aucune mention des émeutes urbaines de l’automne 2005, après 4 ans de suppression des crédits de la politique de la ville et de montée de la précarité

• Pas d’engagement à augmenter les moyens consacrés à la solidarité urbaine, malgré la noirceur du constat

• Aucune allusion à l’enjeu de péréquation des finances publiques, pour donner aux collectivités pauvres les moyens de faire face à la solidarité urbaine

• Aucun chiffre sur les constructions de logement social ou l’effort de renouvellement urbain à consentir

• Refus du droit de vote aux élections locales pour les étrangers extra-communautaires résidant de manière régulière sur notre sol, aucune disposition pour renforcer la démocratie locale et la participation des habitants à la vie de la cité

Au total, le projet de l’UMP traite la question urbaine comme un problème extérieur à la société, relevant d’une approche sécuritaire ou compassionnelle. Ses propositions masquent à peine la volonté d’en finir avec le concept de mixité sociale. C’est la promesse d’une société du chacun chez soi, porteuse d’injustice et de violence.

Rappel : la Solidarité Urbaine dans le projet du PS

Fort de l’analyse politique qu’il tire de la crise des banlieues, le Parti Socialiste a décidé de tout mettre en œuvre dans son projet pour donner une dernière chance à la solidarité urbaine, à travers quelques mesures-phares à coordonner au plus haut niveau. La dernière chance avant la société du ghetto.

SOLIDARITE URBAINE

• des moyens financiers pour les communes pauvres
• des « pactes de solidarité urbaine » concentrant tous les moyens de l’État et des collectivités
• un plan de renaissance urbaine pour construire des quartiers nouveaux, rénover les quartiers invivables et répondre aux besoins de logement

PARIER SUR LA JEUNESSE

• service public de la petite enfance, moyens nouveaux pour assurer l’excellence éducative, carte scolaire permettant la mixité, accompagnement personnalisé vers la réussite
• allocation d’autonomie pour les jeunes, carte santé jeunes ;
• service civique obligatoire

DROIT A LA VILLE

• 120.000 logements sociaux construits par an, notamment dans les villes n’ayant pas 20%, bouclier logement et droit au logement opposable
• aide de l’État aux transports en commun, prime transport aux salariés
• accès aux services publics, à l’emploi et à la culture

SECURITE DE PROXIMITE

• rétablissement et approfondissement de la police de proximité
• plan de prévention de la violence
• réponse systématique à la délinquance juvénile et développement des alternatives à la prison

PRIORITE A L’EMPLOI

• réactivation des emplois jeunes dans le secteur public et associatif
• suppression du CNE (Contrat Nouvelle Embauche) et de l’apprentissage à 14 ans
• accompagnement personnalisé vers l’emploi

CITOYENNETE

• droit de vote aux élections locales pour les résidents extracommunautaires en situation régulière, conseils de quartier, soutien réaffirmé à la vie associative des quartiers
• service universel bancaire, revenu de solidarité active, refus des coupures EDF ou d’eau
• 500 « maisons de la citoyenneté » pour développer les initiatives des habitants

LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS

• promotion de l’égalité dans l’accès à l’emploi, à travers le CV anonyme ou le bilan social
• renforcement de la lutte contre les discriminations dans l’emploi, le logement, les loisirs
• charte de la laïcité dans les services publics

[1] Bien entendu, le texte de l’UMP omet de préciser que le programme national de renouvellement urbaine (avec notamment 50 Grands Projets de Ville – GPV) a été lancé par Claude Bartolone, Ministre de la ville de Lionel Jospin. Ce plan a été réorienté par la droite pour accélérer les démolitions non compensées par de nouvelles constructions.

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Publié dans Analyses

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D
L'UMP peut avoir les idées qu'elle souhaite, peu importe.<br /> <br /> Je n'ai pas lu l'article dans son intégralité mais ce qui me choque profondément c'est que Sarkozy, qui gesticule partout pour "faire appliquer les lois de la France républicaine" ne l'applique même pas chez lui, à Neuilly, où la loi SRU ne s'applique pas, dans ses dispositions relatives au logement social.<br /> <br /> C'est cela qu'il faut dénoncer: l'opposition entre le discours et les actions.
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