Denis COLLIN : Pourquoi Fabius...
Laurent Fabius est le meilleur candidat pour la gauche tout entière.
Une fois de plus la machine médiatique tourne à plein rendement. Les vedettes ont été désignées par les médias et le bon peuple est sommé de dire qui il choisit dans le concours de bonté qu?organisent les instituts de sondage, les cabinets de communication, les chaînes de télévision et la presse « people ».
À droite, un candidat déclaré qui bénéficie de la complicité de nombre de « faiseurs d?opinion » et use sans vergogne des moyens que lui donne sa position de ministre d?État.
À gauche, une candidate qu?on nous somme de choisir sans discuter sous la menace de « faire le jeu de la droite ». Le degré zéro du débat politique et des choix cruciaux masqués par un spectacle imité des émissions de télévision.
Deux impératifs.
D?abord ne pas renouveler en 2007 le bail d?une droite efficace pour la minorité privilégiée mais calamiteuse pour l?immense majorité des habitants de notre pays ; une droite qui promet d?être encore plus à droite, achèverait le démantèlement de notre modèle social et alignerait totalement notre pays sur les États-Unis d?Amérique.
Ensuite, il faut une alternative de gauche sérieuse, crédible capable de l?emporter. Les candidatures de témoignage, les représentants d?un « pole de radicalité » et autres alternatifs ne peuvent à l?évidence prétendre incarner cette nécessité. Inversement, il est impossible de rassembler toute la gauche quand, sur une question aussi importante que l?Europe, on a pris position avec la droite libérale contre la grande majorité des électeurs de gauche et des citoyens les plus pauvres.
Je n?ai jamais fait partie du « fan club » de Laurent Fabius et il m?est arrivé de critiquer sévèrement l?orientation qu?il suivait au tournant des années 2000 quand il se prononçait pour emprunter en France la « troisième voie » blairiste. Force est de reconnaître, pourtant, qu?il est au nombre fort restreint des dirigeants socialistes qui ont réfléchi sérieusement sur les causes du désastre de 2002, un des rares à ne pas avoir rejeté la faute sur les autres mais à avoir recherché dans la politique même des socialistes les raisons qui ont amené tant de leurs électeurs à déserter au premier tour de la dernière présidentielle.
Cette réflexion s?est traduite par un acte fondateur : le vote « NON » au référendum sur le traité constitutionnel européen : à ce moment décisif, sur une question fondamentale, il s?est retrouvé en phase avec la majorité de la gauche, la majorité du pays et a montré qu?il pourrait la rassembler.
Relèvement immédiat et substantiel des bas salaires, un plan volontariste de construction de logements sociaux, une révision constitutionnelle qui sortirait notre pays du marasme politique dans lequel l?a conduit la toute-puissance d?un exécutif qui ne représente plus qu?une minorité des citoyens, la défense de la laïcité, qui ne voit que ce sont là les urgences du moment ?
Et face aux prochaines échéances européennes, Laurent Fabius serait un président mieux placé que n?importe quel autre des prétendants sérieux pour faire valoir le point de vue de la France, précisément parce qu?il est le seul à pouvoir être le porte-parole de la volonté générale exprimée le 29 mai 2005 et ne fait pas partie du clan des « importants » qui tiennent les Français pour des idiots au motif qu?ils ont rejeté le Traité constitutionnel européen.
Les enjeux des prochaines élections sont cruciaux. Et il s?agit de gagner. Il n?est nul besoin d?être « fabiusien » pour comprendre que Laurent Fabius est, dans la situation actuelle, le meilleur des candidats socialistes, si les socialistes veulent rassembler toute la gauche, et le meilleur des candidats de la France qui a dit « non » si on veut faire autre chose que du « témoignage » aux prochaines élections.
Denis COLLIN, philosophe, auteur de Revive la République (A.Colin, 2005)