Les jeux ne sont pas faits

Publié le par Politis, Michel Soudais

Parti socialiste : en quête de clarification, par Michel Soudais (Politis)

Les socialistes auront à choisir entre 3 candidats aux options différentes. Si Ségolène Royal fait figure de favorite, sa manière d’aborder la politique, ses prises de position et sa vision du parti pourraient bien signifier la fin du parti d’Épinay, si elle est désignée.

 

 

La décantation tant attendue s’est opérée. Des 6 « présidentiables » auditionnés à Lens, le 16 septembre, ­7 si l’on y ajoute François Hollande­, il n’en reste que 3 à briguer l’investiture socialiste à l’élection présidentielle : Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius et Ségolène Royal. Confortée par des sondages flatteurs effectués auprès des « sympathisants socialistes » ­ une notion floue en rien comparable au corps électoral des adhérents du PS­, appuyée par une partie significative de l’appareil du parti, cette dernière est donnée archifavorite.

 

L’entourage de la présidente de Poitou-Charentes se vantait en début de semaine de disposer de 130 parrainages, soit plus du tiers des membres titulaires du conseil national, quand il suffisait de 30 signatures pour pouvoir être admis à présenter sa candidature. Les mêmes prétendaient aussi que la moitié des secrétaires fédéraux la soutenaient. Ces dernières semaines, la compagne de François Hollande a aussi bénéficié du ralliement de François Rebsamen, n° 2 du PS, de Jean-Marc Ayrault et de Jean-Pierre Bel, présidents du groupe socialiste respectivement à l’Assemblée nationale et au Sénat. Son staff de campagne envisageait de publier cette semaine une liste de soutiens de 5 000 élus, destinée à écraser la concurrence. Quelles que soient ces tentatives d’intimidation, les jeux ne sont pas faits. Pour 3 raisons.

Tout d’abord, les rapports de force internes sont rarement ceux qu’indiquent les sondages. Au congrès du Mans, l’an dernier, Dominique Strauss-Kahn et Ségolène Royal défendaient la même motion, qui a obtenu 53% des suffrages militants. Compte tenu de son positionnement, le député du Val-d’Oise ne peut guère espérer gagner des voix parmi les adhérents qui en ont soutenu d’autres, hormis celle de Jean-Marie Bockel en faveur du social-libéralisme (1 %). La députée des Deux-Sèvres, en revanche, est parvenue à s’attirer l’appui d’une partie des militants du NPS (25 %), que ceux-ci aient voté la synthèse comme Vincent Peillon, où l’aient refusé, ce qui est le cas d’Arnaud Montebourg, dont l’association Rénover maintenant doit décider de sa position le 6 octobre. Le cas de Laurent Fabius est différent. L’ancien Premier Ministre avait obtenu 21 % des suffrages sur sa motion. Il peut aussi compter sur le vote d’une partie des militants du NPS et de Rénover maintenant, comme l’a montré, le week-end dernier, l’université de rentrée de la sensibilité Forces militantes pour la démocratie et le socialisme (FMDS) de Marc Dolez et de Gérard Filoche.

 

Le vote des nouveaux adhérents, recrutés sur Internet à un tarif promotionnel, constitue le second facteur d’incertitude. Leur importance numérique (70 000)­ au regard du nombre de militants l’an dernier (120000)­ est susceptible de bouleverser les équilibres. Certains cadres redoutent que cet afflux ne soit en majorité absorbé par Ségolène Royal. Peu éclairés sur les débats internes au PS, ils seraient plus sensibles au prêt-à-penser médiatique. Mais cette distance les rend aussi moins dépendants des consignes claniques et des jeux d’appareil. Et tous n’ont pas voté « oui » au référendum le 29 mai 2005.

 

La troisième raison tient à l’ouverture de la campagne officielle. Dominique Strauss-Kahn n’a pas tort de penser qu’avec celle-ci on passe « du virtuel à la situation réelle ». Les jugements des militants vont s’en trouver changés. Le premier candidat à en faire les frais pourrait bien être... Ségolène Royal. Sa situation de favorite pourrait lui faire perdre une part du capital de sympathie qu’elle avait acquis en se positionnant contre les éléphants. Vu les ralliements engrangés ces derniers jours dans l’appareil socialiste, elle va vite apparaître comme la candidate des éléphants. Elle était censée incarner la rénovation ? Ses plus gros soutiens viennent de fédérations au fonctionnement clanique bien connu : notamment les Bouches-du-Rhône et l’Hérault où, en bon féodal, l’inénarrable Georges Frêche, suspendu des instances dirigeantes du PS à la suite de ses propos sur les harkis, assure d’ores et déjà que sa fédération « va amener 85 % à Ségolène Royal, c’est honorable ». La modernité ? Avec l’appui bruyant de Pierre Mauroy, qui vient de lui rallier une centaine d’élus nordistes, qui n’avaient pas tous été consultés, l’image prend une petite teinte sépia. Elle s’écorne encore à l’apparition de Roland Dumas ou d’Édith Cresson parmi ses supporters.

Lire la suite dans Politis n° 920

 

(1) Diffusés sur les chaînes parlementaires, ces débats télévisés auront lieu les 10, 17 octobre et 7 novembre, et porteront respectivement sur les questions économiques et sociales, les questions de démocratie, de société et d’environnement, et enfin sur la politique internationale et européenne.

Publicité

Publié dans Analyses

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article