Le monde syndical bouge...

Publié le par Gérard CONTREMOULIN

 

Les confédérations syndicales mises à l'épreuve par la base


Sources : Les Echos  22
/11/07 
 
Le conflit sur les régimes spéciaux de retraite a été une rude épreuve pour des confédérations syndicales souvent débordées, voire ignorées, par les grévistes. Il a mis au jour, aussi, des stratégies divergentes entre le sommet et la base syndicaux.


· Bernard Thibault face à des cheminots résistants

La CGT est la plus exposée. A la fois parce que c'est la première organisation à la SNCF, à la RATP et à EDF et GDF et parce qu'elle s'est positionnée clairement dans l'opposition à Nicolas Sarkozy. Dans ce contexte, le conflit sur la réforme des régimes spéciaux menace ses bastions et risque en même temps de l'enfermer dans une image corporatiste. Une fois n'est pas coutume, son leader, Bernard Thibault, a donc pris le risque d'intervenir directement dans le conflit pour proposer une porte de sortie (des négociations d'entreprise tripartites). Il a pris soin de s'afficher pour cela avec les représentants des trois secteurs concernés, dont Didier Le Reste, des cheminots.

Mais, fédéralisme oblige, le leader de la CGT, qui ne veut pas gâcher son image dans le privé, n'a pas le pouvoir d'imposer quoi que ce soit à ses troupes... Et les cheminots cégétistes n'ont pas tardé à reprendre leur liberté, au motif que la base était déterminée, provoquant un regain de tension avec le gouvernement en fin de semaine.

La confédération est donc de nouveau intervenue, en particulier le week-end dernier, pour trouver une issue au travers d'une plate-forme revendicative commune pour aller à la négociation à la RATP, à la SNCF et à EDF, sans dogmatisme. Pour l'instant, la Fédération CGT des cheminots paraît prête à reprendre la méthode à son compte. Quoi qu'elle fasse de toute façon, il est probable que les cégétistes les plus jusqu'au-boutistes rejoignent son principal concurrent.


· François Chérèque pris à contre-pied

Lorsqu'il a lancé son appel à la reprise du travail, le 14 novembre au soir, le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, vivement pris à partie dans le cortège parisien mardi, avait sans doute avant tout à l'esprit la montée de l'exaspération dans l'opinion face aux grèves. Cultivant l'image d'une organisation raisonnable, soucieuse de l'intérêt général, le leader cédétiste a saisi l'occasion de la lettre de Xavier Bertrand acceptant l'ouverture de négociations tripartites dans les entreprises pour tenter de reprendre la main alors que, jusque-là, il avait laissé le champ libre à Bernard Thibault.

Mais la CFDT-cheminots a joué à contretemps. Elle a commencé par contredire François Chérèque, en votant jeudi la poursuite de la grève, avant de se raviser. Résultat : son changement de cap est intervenu après l'avertissement de Xavier Bertrand aux syndicats sur le fait qu'il fallait choisir entre la grève et la négociation. Les cheminots cédétistes n'ont, de toute façon, pas grand-chose à perdre : l'hémorragie des militants a déjà eu lieu.


· Le silence de Jean-Claude Mailly

D'ordinaire jamais avare d'une expression publique, le secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, est plus discret qu'à l'ordinaire, ces derniers temps. On le comprend. Soucieux de ne pas réveiller de conflits internes dans une organisation qu'il a trouvée déchirée à son arrivée et qu'il a réussi à apaiser, le leader syndical se garde de réveiller les vieux démons. Il apporte donc son soutien à ses troupes, où les trotskistes du Parti des travailleurs sont très actifs. Mais n'en rajoute pas.

Soucieux, comme les autres, de l'image de son organisation dans le privé, il a bien conscience, comme les autres dirigeants confédéraux, que l'opinion publique ne soutient pas le mouvement comme les précédents. Or il joue peut-être encore plus gros que la CGT et la CFDT dans les prochaines élections prud'homales, alors que se profile une réforme de la représentativité.


LEÏLA DE COMARMOND
Publicité

Publié dans Analyses

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article