Europe. En choisissant d’approuver le traité, le PS s’éloigne un peu plus de la gauche.

Publié le par Gérard CONTREMOULIN


Le
oui socialiste sur la voie de droite
 


par Michel ONFRAY


La trêve présidentielle terminée, le Parti Socialiste retrouve ses vieux démons
et ne sait plus comment se démarquer de façon crédible du libéral Sarkozy. Des ministres débauchés, des hommes de main appointés dans des commissions Théodule, des sympathisants socialistes embauchés, le parti de Hollande ne sait plus comment faire croire qu’il pourrait être encore de gauche…

Sur l’Europe par exemple : comment dire comme Sarkozy, autrement dit voter son texte, tout en laissant croire qu’on n’a rien à voir avec lui, sa politique et son gouvernement ? De quelle façon distinguer le oui sarkozyste du oui socialiste ?

La candidate socialiste a largement utilisé les ficelles de la démagogie pour tâcher d’être élue
: investie par le PS, aspirante à la fonction suprême, elle défend les 35 heures, elle promet le SMIC à 1 500 euros puis, une fois écartée par les électeurs, avoue qu’elle ne croyait pas une seconde à ces sottises – pas plus que Sarkozy et Bayrou…

Ségolène Royal avait également promis un nouveau référendum sur l’Europe
, forte de cette idée si peu démocratique et tellement tactique qu’il faut refaire un référendum perdu jusqu’à ce qu’on le gagne… Cette promesse vient de rejoindre la corbeille à papier des socialistes majoritaires. On imagine cette femme pilotant les destinées de la France et usant de ce type de cynisme dont elle prétendait vouloir débarrasser la classe politique !

Le problème du PS, désormais dans l’opposition pour un long temps, n’est pas, semble-t-il, de se refonder au regard des idées ou d’une thématique qui reprendrait les fondamentaux socialistes, mais de reconquérir le pouvoir le regard braqué sur les sondages et les études d’opinion. Dès lors, comment tenir les 2 bouts : l’alignement sur la politique européenne de Sarkozy, et une franche et claire opposition sur le fond ? Et ne pas donner aux électeurs l’impression que, sur ce sujet comme sur tant d’autres, Sarkozy et le PS dans son aile droite, c’est blanc bonnet et bonnet blanc ?

L’aile gauche du PS gagnerait à relire La Boétie qui écrivait : «Soyez résolus de ne plus servir, et vous voilà libres.» Elle est instrumentalisée par les instances dirigeantes du parti pour donner une caution de gauche à une formation politique qui a depuis longtemps cessé de parler aux classes défavorisées en ne s’adressant plus qu’aux bobos, alors que ceux-ci sont plutôt séduits par la franchise molle de François Bayrou.

Comme dans les haras à la saison de monte, l’aile gauche du PS sert depuis longtemps de boute-en-train à l’aile droite du parti qui, elle, jouit sans entraves ! Cette gauche gagnante du référendum est tout aussi négligée, méprisée, oubliée que le peuple français qui s’est exprimé. Le PS, qui va voter oui, redit que sa famille est moins le peuple souverain que la caste des politiciens de profession qui, droite et gauche confondues, peuvent légitimement prétendre aux affaires et qui, pour cette raison électoraliste, ne gâchent pas leurs chances et n’insultent pas l’avenir en s’affichant avec les gueux du non.

Que cette aile gauche du PS, qui est l’honneur des socialistes, cesse de servir de supplétif et qu’elle ramène à elle un parti qui, alors, pourra se réclamer de Jaurès en empêchant que Sarkozy le fasse à sa place…

Le projet d’Olivier Besancenot de créer un rassemblement de gauche au-dessus (au-delà ?) des partis pourrait, s’il se fait loin de l’esprit de boutique des groupuscules, sans souci d’ego, en ignorant la trivialité de la survie des petits partis (ce qui est beaucoup demander…), cristalliser une véritable opposition de gauche à la politique de Sarkozy en même temps que faire prendre conscience au PS qu’il aurait ainsi des voix à récupérer sur sa gauche et non sur sa droite, autrement dit à droite… Une gauche véritablement incompatible avec Sarkozy, avec Bayrou, avec une partie de Le Pen, donc une gauche antinomique à celle de Ségolène Royal, fournirait une force à ce qui, pour l’instant, menace d’un débordement protestataire dans la rue.

Dans cette logique d’un double déni sarkozyste et socialiste de l’expression du suffrage universel, il ne faudra pas s’étonner que les choses se passent désormais dans la rue. Les semaines revendicatives qui s’annoncent le rappelleront à ceux qui auraient eu le tort de l’avoir oublié trop vite…

Publicité

Publié dans Analyses

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
J
quelle belle preuve d'intelligence !!!!!! fabuleux fantastique !!! rejeter la faute sur les autres pour se couvrir d'une éventuelle ENORME défaillance........devrais-je rappeler à la mémoire de certains que les jeunes et notamment les fabiusiens se sont investis beaucoupl plus que certains autres dans les différentes campagnes alors que l'on avait tous nos différents examens à passer? devrais-je également rappeler combien on nous a juger de passivité alors que nous étions en plein bac ?mais non ne vous inquiétez pas cher legouy !!! effectivement c'est de notre faute si Ségolène n'a pas réussi son pari centriste.désolé de se battre pour nos idées pour nos valeurs et pour ne pas que le pays se retrouve en vrai champ de ruine social.encore désolé donc D'ETRE DE GAUCHE
Répondre
L
Allez Géard ! Les Fabieus, Mélencho, toi et les autres vous avez fait élire Sarkozy. Il est bien temps maintenant de dire qu'il faut le contrer. La rénovation du PS doit passer en priorité sur le concepte suivant : Avant les décisions tout le monde s'exprime et fait connaitre son point de vue aux militants, mais après le vote de ces derniers tout ler monde s'aligne ou va voir ailleurs. Salut !
Répondre
D
Le problème d'Onfray, que j'apprécie tout particulièrement par ailleurs, c'est qu'à y regarder de près, en dehors du constat, il n'a jamais beaucoup de solutions. En parlant du Parti Socialiste sans jamais évoqué ses militants qui ont voté majoritairement pour le non, il ne comprend rien à la nature du Parti Socialiste. Je le préfère hédoniste à cet exercice où il déverse sa bile. Si ça lui fait du bien...Au bout du compte, à quoi ça sert ? J'aurais dû dire : mais à qui ça sert ? La droite ? L'extrême-gauche ? C'est vrai que les Français sont prêts majoritairement à voter Besancennot. De temps en temps, il serait temps que le bô Michel redescende de son orbite. Parce que, franchement, y a des fois, il est tout particulièrement...euh comment dirais-je... gonflant, viscéralement et fondamentalement... gonflant.
Répondre
G
 Pourquoi Socrate a-t-il décidé de boire la ciguë ? Qu'il me soit permis cette outrecuidance :"De temps en temps, il serait temps que le bô (Michel)  Denis redescende de son orbite. Parce que, franchement, y a des fois, il est tout particulièrement...euh comment dirais-je... gonflant, viscéralement et fondamentalement... gonflant."Oui, "y a des fois", et même plusieurs fois : "y a des fois"…En fait, c'est assez souvent que le Denis, "y nous gonfle !" Pas forcément parce qu'il commet des erreurs historiques énormes, comme sur le soi-disant abandon du concept de lutte de classes par le "PS" en 1920 (!) ; pas forcément quand son anti communisme primaire le conduit à des initiatives d'un goût plus que discutable (qui ne réjouit probablement que lui) comme cet envoi d'un pseudo "faire-part de décès du PCF" ; mais surtout par cet art consommé du donneur de leçons et de brevet en "socialisme rénové" dont il nous abreuve… Qu'il n'apprécie pas Michel Onfray, c'est son droit et personne ne le lui conteste. Mais s'il en discute, alors qu'il en discute vraiment… Lorsque Michel Onfray parle du parti socialiste, il n'en parle pas en militant mais en philosophe appréciant cet acteur de la vie politique française qu'est le parti socialiste. Et force est de constater que ce qu'il en dit est (malheureusement) clair et exact !  Oui, la majorité du parti socialiste (à laquelle d'ailleurs Denis appartient) s'éloigne de plus en plus de la gauche avec son vote sur le mini traité… Denis découvrirait-il les difficultés qu'il y a, au parti socialiste, d'être en opposition avec la ligne majoritaire ? On le dirait bien à la lecture de son "étonnement" de voir un philosophe jouer le jeu de la démocratie majoritaire et de ne retenir que la position acquise par la majorité… )  J'ai bien peur que l'analyse de Michel Onfray nous montre quelle sera l'appréciation des françaises et des français sur "les socialistes" et le mini traité, à savoir une trahison de plus ! Alors "à quoi ça sert" se demande Denis…  Belle interrogation de notre mentor de la rénovation socialiste que de s'interroger sur l'utilité des philosophes en démocratie… Belle mais surtout très ancienne question, aussi ancienne que la démocratie elle-même… Pourquoi Socrate a-t-il décidé de boire la ciguë ?