Sarko chez les cheminots : Anne-Marie Idrac, s'inquiète : «Il va prendre froid en petite chemisette...»
Sarkozy s'invite chez les cheminots
Source : Le Parisien
Le Président de la République s'est rendu ce matin dans un centre de maintenance de la SNCF à Saint-Denis
Il est 8 heures à Saint-Denis, aux abords du centre de maintenance de la SNCF pour les TGV. Le jour est à peine levé. Une compagnie de CRS patiente depuis un bon bout de temps. Le Président de la République est attendu pour une visite surprise, du genre de celles qu'il affectionne : il s'agit d'aller au contact, en "première ligne" comme il dit. Avec les cheminots, dans un contexte tendu. Ce centre, qui compte 1.000 employés, a enregistré 73% de grévistes lors du mouvement social du 18 octobre contre la réforme du régime de retraites.
Au pied du bâtiment principal, il est d'emblée pris à parti par les responsables syndicaux. Cyril Renaud, délégué CGT refuse de lui serrer la main. « Avec votre réforme des retraites, vous allez faire de nous, les nouveaux pauvres de demain !». Le chef de l'État s'insurge. «ça fait 25 ans, qu'un Président n'est pas venu à la SNCF. Alors vous pouvez me serrer la main ! ».
Tout autour de lui, SUD Rail, FO, CGT... Les syndicalistes exposent leurs griefs. Les yeux dans les yeux. « 7000 emplois supprimés et 900 000 camions sur les routes, c'est ce que vous nous proposez ! Ce n'est pas juste !» lance le responsable FO. «On vous reproche votre mode de financement des retraites ! » renchérit un autre.
Les bras croisés, serrant le col de son manteau, Nicolas Sarkozy écoute. « Ce n'est pas la messe, on a le droit de répondre quand même ». Des rires fusent. Dans le froid matinal, le dialogue s'entame à l'entrée des locaux. Le Président tape sur l'épaule des syndicalistes, enchaîne les «Attends ! Attends », essaie de convaincre, et demande comment faire pour financer les retraites. «Ce n'est plus possible de travailler 37 ans et demi. Il faut travailler plus longtemps, aller jusqu'à 40 ans. Tous les autres pays du monde agissent ainsi ».
Mais son discours ne prend pas. « Sur le dossier des retraites, on n'a rien à vous dire. Comme d'habitude, c'est la rue qui va parler. On va faire tomber le Ministre » menace le responsable SUD Rail.
« Quelqu'un va m'offrir un café ?» demande Nicolas Sarkozy, qui s'impatiente d'être dehors. A ses côtés, la présidente de la SNCF Anne-Marie Idrac, s'inquiète : «Il va prendre froid en petite chemisette...», sous son manteau gris. Les 400 cheminots en bleu de travail se dirigent à l'intérieur du bâtiment, pour une visite des rames, des cabines de TGV et surtout pour écouter les arguments présidentiels sur les régimes spéciaux.
« Tout le monde m'avait dit de ne pas venir. Mais je n'ai pas peur. La France nous regarde. Même si vous n'êtes pas d'accord. Les français voient que l'on se parle», martèle Nicolas Sarkozy. Téléphones portables en l'air, les cheminots filment. Beaucoup sont impressionnés. « C'est la première fois que je vois un Président en vrai», confie l'un d'eux.
Passés les premiers émois, les plus vindicatifs montent à la tribune, parlent de la pénibilité de leurs conditions de travail, avec des horaires en 3X8, y compris les week-ends. «Vous nous proposez de travailler plus pour gagner moins ! Voilà votre programme ».
Chahuté, Nicolas Sarkozy est même hué. «J'ai été au Maroc et j'ai vendu un TGV» argumente-t-il. «D'autre part, j'ai annoncé des choses extrêmement fortes hier à l'issue du Grenelle de l'environnement. J'ai pris l'engagement de développer le fret ferroviaire et de construire 2.000 km de lignes TGV nouvelles avant 2020».
Pour conclure, il rappelle, que les modalités de cette réforme des régimes spéciaux peuvent être discutées. Mais l'alignement sur 40 annuités de cotisation des régimes spéciaux d'ici à 2012 est «non négociable». Il est déjà 11 heures. Après une bonne cinquantaine de poignées de main, il s'engouffre dans sa berline.
Nicolas Sarkozy s’explique avec les cheminots
Source : S.L.(lefigaro.fr) avec AFP.
Le chef de l’État s’est rendu vendredi matin dans un centre d'entretien de la SNCF à Saint-Denis pour rencontrer des salariés de l’entreprise. Un face-à-face tendu.
«Avec vous, c'est travaillez plus pour gagner moins!» Dès son arrivée au centre SNCF de Saint-Denis pour une visite-surprise sous l’œil des caméras vendredi, Nicolas Sarkozy a été cueilli à froid par des cheminots mécontents. «Pas un cheminot ne gagnera moins», a répliqué le chef de l’État. «Instrumentalisation! Avec votre réforme on est en train de s’appauvrir», lui a rétorqué un autre employé de la SNCF, avant d’évoquer la pénibilité de l’emploi, les trois-huit, les fins de semaines travaillées, les bas salaires…
Mais Nicolas Sarkozy était venu délivrer un message : celui de la nécessité de financer les retraites. «Je ne peux pas croire que vous êtes à ce point inconscients de la réalité. Il faut qu'on cotise plus longtemps» même «si c'est pas marrant à entendre», a-t-il martelé. Avant d’ajouter : «On peut tout dire de moi, sauf que je suis un lâche et un hypocrite. Je ne vous prends pas en traître. La réforme des régimes spéciaux, j'avais dit que je la ferai».
«Je ne céderai pas» sur les régimes spéciaux, a répondu Nicolas Sarkozy. «En revanche, je m'engage à ce que personne ne perde de sa retraite en cotisant plus. Votre statut de cheminot, vous le garderez. On peut discuter de tout : la politique de l'emploi et des salaires, la pénibilité, la décote, la date d'application».
Peine perdue. Pour un syndicaliste de SUD-Rail, «c'est la rue qui va parler. On n'arrivera pas à se mettre d'accord aujourd'hui». Et Sarkozy de répliquer : «Le choix de la rue dans une démocratie, ce n'est pas un bon choix. Ca montera une partie des Français contre les cheminots».
Les sifflets des syndicalistes ont marqué la fin de la visite présidentielle. Pas de quoi troubler Nicolas Sarkozy. «Quand quelqu'un vient vous parler, quel qu'il soit, on ne le siffle pas», a-t-il répliqué. «Les Français vous regardent. Si vous voulez que les cheminots soient respectés, ne donnez pas une image qui n'est pas la vôtre».
Mais que donc allait faire le chef de l’État dans cette galère ? Pour Benoît Hamon, qui s’exprimait au nom du PS, ce n’était rien d’autre qu’une «stratégie délibérée de confrontation avec le mouvement social». «C'est une curieuse conception du dialogue social que de dire aux salariés de la SNCF que l'on mène une négociation mais que rien ne changera dans le projet du gouvernement», a ironisé le porte-parole socialiste.
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