"Le Monde" continue avec de parler d'équité, malgré le départ d'Alain Minc...
Réforme et équité
Source : LE MONDE | 18.10.07 | 14h13 • Mis à jour le 18.10.07 | 14h13
La réforme des régimes spéciaux de retraite - qui doit concerner 478 000 cotisants : la SNCF, la RATP, EDF, GDF, la Comédie-Française, le notariat, l'Opéra de Paris, etc. - est devenue inéluctable. Elle est la dernière étape d'un mouvement lancé dès 1991 par Michel Rocard, avec un Livre blanc qui diagnostiquait la nécessité, pour des raisons tant économiques que démographiques, de changer la retraite et de mettre la durée de cotisation requise pour une pension à taux plein au diapason de l'allongement de l'espérance de vie. En 1993, Édouard Balladur a amorcé la réforme pour le régime général des salariés. Lionel Jospin a posé le bon diagnostic sur l'alignement de la Fonction Publique, mais n'a pas osé la réforme. Jean-Pierre Raffarin a réussi, non sans mal, en 2003, à porter la durée de cotisation des fonctionnaires de 37,5 à 40 annuités.
Pour M. Sarkozy, il s'agit donc de parachever, au nom de l'équité entre tous les salariés du privé et les fonctionnaires, une réforme que la gauche aurait faite si elle était aujourd'hui aux responsabilités, et dont la plupart des syndicats ne contestent pas le principe. M. Sarkozy avait résumé sa démarche, le 18 septembre, par une formule : "Le dialogue social ne doit pas être un alibi à l'inaction, mais l'urgence de l'action ne saurait justifier qu'on méprise le dialogue social." Il fait donc de l'"anti-Juppé". Là où le maire de Bordeaux avait voulu passer en force, le chef de l'État pratique, avec habileté, la concertation, même s'il est inflexible sur l'objectif : la durée de cotisation pour les régimes spéciaux sera portée, progressivement, à 40 ans en 2012.
Avoir défini un objectif ne dispense cependant pas M. Sarkozy d'agir avec souplesse dans les négociations d'entreprise pour tenir effectivement compte des spécificités des régimes spéciaux, où la retraite avantageuse est souvent compensée par des astreintes dures et des salaires bas. Les métiers pénibles y existent encore, et il ne faudrait pas seulement les prendre en compte dans le privé et les occulter à la SNCF ou à EDF. Enfin, il faut se garder absolument de stigmatiser les salariés de ces régimes comme s'ils étaient des nantis. L'équité ne va pas sans respect de la cohésion et de la justice sociales.
Commentaire :
Le mot "équité" est la version libérale de notre "égalité" républicaine.
Alain Minc s'en est fait le chantre en 1994 ("La France de l'An 2000", rapport au Premier ministre), cherchant à nous convaincre que l'Economie n'avait plus les moyens d'assurer les revendications d'égalité comme au temps des "trente glorieuses". Il ne fallait plus donc rechercher qu'un plus grand sens de l'équité, c'est-à-dire un partage personnalisé des "restes" et en tout cas, une gestion partagée de la pénurie !
Il n'est pas étonnant que le journal "Le Monde" dont Alain Minc a été un dirigeant très influent pendant 15 ans, s'en fasse un bon propagandiste... Son départ du journal suffira-t-il à redonner du sens républicain à ce grand "journal du soir" ?
En tout cas, le but d'une réforme dans un contexte républicain, ne peut pas être l'équité mais l'égalité de traitement. Que pour y parvenir, on passe par la prise en compte des spécificités, ici professionnelles s'agissant des retraites, ne pose pas de problème de principe à condition de "tout mettre sur la table".
Cette remise à plat incluant notamment les déroulements de carrière et les conditions de travail est précisément ce que demande les syndicats, bien conscients de la nécessité de résoudre la question du financement des régimes de retraites...
Mais ce n'est pas du tout le souhait du patronat !