Pourquoi, sur quoi et comment refonder
Les enjeux de la Refondation
Trame de mon intervention au Conseil fédéral de la fédération de l'Eure du parti socialiste, hier soir, 28 juin 2007.
D'abord faire l'état des lieux.
- C'est la 3° élection présidentielle consécutive que nous perdons. Nicolas Sarkozy concentre en ses mains l'ensemble des pouvoirs de la 5° république. Jamais un président ne s'est retrouvé dans cette situation. Même François Mitterrand ne s'y trouvait pas puisqu'il avait le Sénat contre lui, ce qui nous a couté fort cher lors des lois de nationalisations !
- Nous n'avons plus de stratégie d'alliances lisible avec les appels à Bayrou lancés entre les deux tours de la présidentielle et des législatives d'une part et d'autre part avec le ralliement de personnalités "socialistes" qui sont entrées dans les gouvernements Fillon 1 puis 2.
- Nous n'avons plus de base doctrinale claire avec les déclarations stupéfiantes de Royal sur les 35 heures et sur le SMIC !
Tout cela face à une droite sarkozyste restructurée, "décomplexée" (voir mes précédents articles sur ce sujet). Une droite qui a su inverser le mouvement des départs vers le FN des années 80, et dont les voix sont revenues cette fois - et d'une façon durable - vers son candidat.
La politique de cette droite ramène sur le devant de la scène la réalité de la "lutte des classes" et nous conduit maintenant à demander des comptes à toutes celles et tout ceux qui, au parti socialiste, voulaient nous convaincre que c'était un archaïsme, issu d'un marxisme surrané ! Cette inflexion idéologique, nous la devons notamment à la lutte engagée au PS par les "quadras" deloristes des années 90, au nombre desquels : Royal, Hollande, Gorce, DSK !
Dans ces conditions, la décision du dernier conseil national s'impose : Refonder.
Pourquoi refonder :
Nous constatons nos désaccords sur le concept fondateur du Parti d'Epinay :
- quel projet politique de transformation sociale ?
- quel outil pour le porter (quel parti) ?
- quelle stratégie d'alliances pour convaincre ?
La crise des idéologies ou plus exactement la perte de puissance de l'idéologie socialiste avec le retour de la conviction que l'horizon du capitalisme (le libéralisme à la mode mondialisée) serait indépassable. Cela suppose que nous reprenions le discours idéologique socialiste comme point de départ de toute réflexion...
Il nous faut également tenir compte de l'état actuel de la gauche et des gauches. Toute refondation n'est possible qu'en levant les anathèmes lancés ici ou là. Notre réflexion doit s'adresser et concerner toutes les gauches... L'alternative politique ne peut se construire que sur ces bases là, sans a priori !
Dans ces conditions, il n'est pas inutile de constater que l'habileté politique de Fabius qui a su mettre en difficulté Borloo puis tout le gouvernement Fillon sur la question de la TVA "sociale" a été très bien reçu par les citoyens entre les deux tours. Les mérites de cette opposition frontale consistent à enregistrer la quarantaine de députés qui ont pu gagner ou sauver leur siège.
Sur quoi refonder :
La question centrale qui est au coeur de notre refondation est celle de la redistribution des richesses produites !
Deux réponses s'offrent à nous :
- la social-démocratie, le social-libéralisme
ou
- la rupture avec le libéralisme
Nous ne pouvons plus tergiverser davantage . Nous devons trancher, c'est-à-dire CLARIFIER la réponse que les socialistes entendent apporter à cette question centrale.
Nous devons l'aborder à partir d'exemples concrets comme :
- la place de la démocratie dans l'ensemble des secteurs de la vie sociale, non seulement dans la vie citoyennes (les élections) mais aussi dans les entreprises (cf. la République sociale de Jaurès), dans la vie locale (associaltions, contre pouvoirs), syndicale (poursuite du morcellement syndical qui pousse aux surenchères ou recherche des convergences et de l'unité d'action conduisant, éventuellement, à des rapprochements organisationnels)
- la place du Service Public pour faire face aux inégalités, conséquences du morcellement individualiste de la société provoqué par la logique du libéralisme,
- la place de la Laïcité face à la montée des communautarismes à l'anglo-saxonne.
A titre d'exemple, nous pouvons revenir sur un débat lancé par Alain Minc dans les années 90 sur Egalité ou Equité...
Comment refonder :
Il s'agit d'abord et avant tout d'un processus et non d'un simple calendrier. C'est-à-dire qu'il est impératif que les militants prennent toute leur place dans les différentes étapes qu'il prévoit.
Ce débat interne doit être accepté et mené jusqu'à son terme sur la base de nos règles statutaires. Nous pouvons, donc nous devons, retrouver les mécanismes de l'élaboration collective qui nous ont maintes fois permis de gagner par la conviction.
Il est bien évident qu'il faudra déjouer les diverses stratégies de contournement des adversaires de ce processus. Il a besoin de temps pour se déployer. La pétition qui circule actuellement pour la réunion d'un congrès avant décembre vise précisément à ne pas le lui accorder. Sous couvert de consultation des militants, cet appel n'est en fait qu'une grossière astuce pour priver les militants de ce débat de fond. (Voir également mes articles sur cette question.)
Les prochains scrutins.
Il faut remercier les militants qui se sont mobilisés sur les campagnes de ce trimestre. Il faut leur dire aussi qu'ils ont bien fait car c'est sur eux et avec eux qu'il faudra compter désormais lors de ces scrutins. Ces campagnes leur ont permis d'assoir davantage leur implantations locales...
Et les résultats que nous avons obtenus dans certaines villes sont prometteurs...
Alors, la clarification pour une refondation est-elle un handicap pour ces élections ?
NON :
- si elle se réalise dans la clarté,
- si elle se réalise dans le respect des hommes et des idées,
- si elle ne sert pas de base aux "petites phrases" distillées dans la presse et qui seront autant de parasitages de notre entreprise collective.
Il est plus que temps de repasser du "JE" au "NOUS"
Gérard Contremoulin