Comprendre et résister

Publié le par Gérard CONTREMOULIN

... à la droite "décomplexée".
 
Si Sarkozy ne tient pas compte de l'avertissement que les électeurs lui ont envoyé dimanche, et on ne voit pas bien comment il en tiendrait compte puisqu'il a quand même obtenu la majorité absolue à l'Assemblée nationale, nous aurons probablement sous les yeux la réalité de la "droite décomplexée".
 
Au délà de la formule, un peu vague, se dissimulait, pour les salariés, les gens de gauche l'idée que finalement, c'était bien son droit d'être de droite et de le dire. Pour les partisans de l'égalité sociale, ça pouvait même apparaître comme une revendication juste.
Et si l'on s'étonnait de la soirée au Fouquet's, de l'escapade sur le Yacht de Bolloré et des week end à St Tropez, c'était simplement pour considérer que Sarkozy en faisait certes un peu trop, mais, bon…
 
La réalité risque maintenant de s'étaler sous nos yeux, sans "complexe" ! Sarkozy n'en faisait pas du tout "de trop". Il envoyait deux signaux. D'abord aux siens : "n'ayez plus peur d'être ce que vous êtes !", puis aux autres : voyez les, vous qui vous levez tôt, en travaillant plus vous gagnerez plus et, peut-être vous enrichirez vous.
N'a-t-il pas dit, tout comme Giscard en son temps : "Je veux une France de propriétaires" !!!
 
Une droite décomplexée est une droite qui ne craint plus de s'afficher telle qu'elle est : riche, chic, parfois clinquante et la morgue aux lèvres.
 
Fini le temps de la pudeur. On est riche et on le montre.
On a des amis riches, alors on le dit et on accepte leurs largesses.
 
Mais surtout, fini le temps de la gestion "sociale" de la crise, fini le temps des politiques d'aides aux plus démunis. S'il le sont, c'est probablement de leur faute. Ce n'est plus le temps des commisérations ou de la compassion, c'est plutôt : "Regardez nous, nous le sommes pas, pourquoi ne faites vous pas comme nous !" Ou bien encore l'inégalité serait une affaire de génétique contre laquelle il n'y aurait rien à faire…
 
Celles et ceux qui ont été sensibles aux sirènes sarkozistes – et qui n'ont pas "les moyens" – vont vite se rendre compte de la réalité. Cette droite-là nous ramène à la réalité de la lutte classe contre classe. Et la gauche "moderniste" qui s'est employée à la combattre au motif que c'était archaïque va devoir rendre des comptes. Les tenants de "faire de la politique autrement" n'ont plus d'autre choix que de se rendre à cette évidence : rejoindre Sarkozy (et certains l'ont déjà fait) ou s'arrêter en chemin chez Bayrou ! Mais de grâce, qu'ils nous laissent reconstruire en paix !
 
Car c'est bien de reconstruction dont il s'agit.
La gauche, même avec son score de dimanche, sort en grandes difficultés des élections de ce trimestre.
 
Certes, les meubles sont sauvés. Mais, même notre gain de sièges ne doit pas nous faire oublier que la droite a maintenant tous les pouvoirs. Les conséquences de sa politique, même si nos députés batailleront pour en limiter les excès, seront dures pour notre peuple.
 
La gauche doit maintenant reprendre le long chemin de la reconquête de l'opinion. Ce chemin passe obligatoirement par la définition d'un nouveau projet politique de rupture avec le libéralisme, y compris avec ses formes plus ou moins "sociales" la construction d'un outil pour le porter et d'une stratégie pour convaincre les françaises et les français. Rien n'est moins sûr que le parti socialiste soit à même de relever ce défi ! La pipolisation lui a joué le tour pendable du JE au lieu du NOUS ! Et l'on est allé jusqu'au phagocytage de la soirée des élections et des analyses par l'annonce de la rupture de Ségolène et de François. Pitoyable niveau de conscience politique que cette annonce là, à ce moment là…
 
36 ans nous séparent du congrès d'Épinay où s'est créé le Parti socialiste sur les ruines de la SFIO. Un cycle politique s'est achevé. Le parti d'Épinay n'est plus ! La multiplication des clubs, comités, regroupements, etc. est un signe qui ne trompe pas. De même, la situation affaiblie de la gauche non socialiste pousse les adversaires de l'union des gauches au renversement des alliances et à la négociation avec le MoDem dans les perspectives des prochaines élections locales (municipales et cantonales, en mars 2008 ?)… Et, de ce point de vue, le positionnement politique de Ségolène Royal n'est pas le moindre de ces signes…
 
A cet égarement de la gauche répond la claire détermination de la droite sarkozyste. Là où Sarkozy a réussi à construire une véritable organisation politique, dotée d'un programme "sans complexe" et d'une stratégie implacable, y compris le débauchage, là s'est disloquée la gauche politique et d'abord idéologique. En tout cas, ce qu'il en reste doit sérieusement se poser la question de la sortie de la crise qui la traverse.
 
Et le travail ne va pas manquer.
 
D'abord l'idéologie. La bataille électorale n'a de sens qu'alors qu'elle s'appuie sur la promotion des idées. Égalité, justice sociale, émancipation, transformation sociale, solidarité, intégration.
Là où la droite parle privatisation, il faut expliquer service public. 
Là où la droite parle de communautarismes, il faut expliquer la Laïcité.
Là où la droite parle maintenant ouvertement de méritocratie, il faut promouvoir la solidarité. 
Là où la droite veut la TVA sociale pour payer les cadeaux fiscaux aux riches, il faut parler de solidarité par la redistribution des richesses produites. 
Là où la droite parle de franchises de santé, il faut encore  parler de solidarité par la taxation des plus values boursières au même titre que celle des salaires pour le financement de notre système de santé. 

En un mot, il ne faut plus avoir peur de parler de lutte des classes car c'est cette droite décomplexée là qui nous la ramène sous les yeux, sans aucune pudeur ! Elle, elle n'a jamais oublié sa base sociale. Elle défend les intérêts du MEDEF et des propriétaires des capitaux du CAC 40.

De même, la toute puissance des médias a rejeté très loin de nous l'exercice du libre arbitre. Penser pas soi-même, se méfier de ce qui nous est présenté comme "allant de soi", comme de "bon sens" est devenu un luxe d'intellectuels alors qu'il est le point de départ de la prise de conscience de gauche, base nécessaire à l'émancipation sociale.
 
Pour cela, il faut réadmettre que l'on ne naît pas socialiste mais qu'on ne le devient que par la réflexion et la formation !
 
Ensuite, la lutte politique. Il faut reprendre le chemin de l'action politique. Redevenir militant. Savoir parler, expliquer, commenter un texte, soutenir une polémique, organiser une lutte à partir d'un comité de défense, d'un comité de grève. Savoir s'organiser collectivement. Maîtriser les conditions de l'élaboration collective. Bref savoir RESISTER, savoir militer ! Cela aussi passe par la réflexion et la formation !
 
Enfin, réunir les forces disponibles. Les conditions des bons reports de voix dimanche dernier reposent sur le respect des femmes, des hommes et des idées des différentes composantes des gauches. C'est ce travail de redéfinition d'une stratégie d'union de toutes les gauches qu'il faut entreprendre. Cela ne se fera pas d'un coup de baguette magique. Il sera long et semé d'embûches. Non seulement celles que nous rencontrerons à l'interne, mais aussi celles que la droite dressera contre nous, et qui seront d'autant plus difficiles à contourner que nous redeviendrons une menace pour elle…
 
Alors que celles et ceux qui ne sont pas d'accord avec cette entreprise, le disent très vite et aillent ailleurs, là où ils sont attendus. Car la refondation de la gauche passe, inéluctablement, par un premier travail de CLARIFICATION des bases idéologiques du combat des socialistes.
 
Bon courage, et à bon entendeur… !
 
Gérard Contremoulin.
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Publié dans Analyses

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D
Je me sens si petit à côté de toi.. Gérard. ;+)Tes références à nos grands tontons nous sont si précieuses en cette période si particulière.
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D
Je comprends mieux ton propos. Il est partagé par de très, très nombreux militants. Même les moins jeunes. ;+) Je vois de qui tu peux parler.Je crois qu'il est normal que tu en es gros sur la patate.  Effectivement, ce n'est parce qu'on est pas de la même sensibilité que l'on ne doit pas travailler ensemble. Je crois que certains d'entre nous en sont encore hélas à ce genre de calculs parfaitement idiots.Comme je le disais, je crois que beaucoup de personnes de sensibilité différentes sont prêtes à s'investir sur le plan fédéral malgré des différences de vues qui m'apparaissent excessivement factices à l'épreuve des faits.
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G
Au parti socialiste la règle habituelle c'est que toutes les "sensibilités" (les statuts appellent ça les "courants de pensée") travaillent ensemble. C'est l'inverse qui leur est contraire. A la condition bien sûr que le débat, également prévu par les statuts, ait réellement eu lieu...La "rénovation" (voir ce qu'en dit Rosanvallon sur ce blog) doit nous permettre de retrouver cette pratique. Je l'ai connu, Denis probablement pas et Adrien certainement jamais... Car nos dirigeants de la dernière décennie se sont  ingéniés à casser tous les ressorts du débat interne par toute la gamme des arguments possibles ("ce n'est pas le moment",  "n'affichons pas nos "divisions", "le débat va mettre en péril notre unité", "attention à ne pas fragiliser le 1° secrétaire,  nos candidats, le parti", "vive la motion unanimiste", etc.). Le résultat, c'est que l'on ne sait même plus comment accepter et pratiquer l'élaboration et la délibération collectives ! Voilà le résultat des efforts du club des des quadras des années 90 !J'espère bien que "beaucoup de personnes sont prêtes à s'investir sur le plan fédéral malgré les différences de vues". Denis, tu redécouvres l'eau tiède ! C'est parce que les vues sont différentes que le débat peut exister. Et leur expression doit être garantie. Sinon c'est le centralisme démocratique, et ça, c'est le modèle d'organisation du Parti que Blum a refusé en 1920 au congrès de Tours de la SFIO (voir les 21 conditions de Zinoviev) et qui devait donner naissance, après la scission, au PCF !
A
Non denis mes propos ne t'étaient pas destinésce n'était qu'un  coup de gueule par rapport à l'attitude de personnalités de premier plan que l'on a soutenu, souvent beaucoup plus que ses soutiens de premiere heure, et qui lorsque vient le tour de donner un coup de main et de remonter le moral de ses troupes et bien il n'y a plus personne. Et cela il ne faut pas le mettre sur le dos du conseil fédéral mais bien sur le leur.............et je sais de quoi je parle..............je ne remet pas du tout en cause ton action militante bien au contraire.Et je trouve qu'au contraire il faut se soucier des courants car le PS est un parti avec différentes sensibilités et il faut savoir les faire vivre ensemble et les faire cohabiter donc il faut les prendre en compte.Bien à toi, un jeune camarade socialiste qui en a gros sur la patate
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D
@GérardMes propos étaient extrêmement clairs : ni blairisme ou social-démocratie ni molletisme idéologique. Autrement dit, nous devons ajuster nos propositions au réel et au XXIième siècle. Les réponses ne peuvent être celles qui prévalaient dans la représentation des socialistes d'hier. Je pense notamment à Epinay. Nous vivons aujourd'hui sur des bases qui sont celles des années 70. Nos réponses sont celles des années 70. Au pouvoir, la gauche a fait à peu près le contraire de ce qu'elle disait. @AdrienSi tes propos me sont adressés, je tiens à dire que, pour ma part, j'ai toujours été dans le collectif. Sophie et Michel m'ont fait confiance sur l'animation du blog fédéral. J'ai aussi été présent à la fête de la Rose. Nous continuons notre travail militant. La section de Brionne partie de 5 personnes l'an dernier compte un "vivier" de sympathisants et d'adhérants d'une petite quarantaine de personnes. J'ai, pour ma part, toujours aspiré à prendre toute la part qui est la mienne au niveau fédéral. Chacun selon ses compétences. Beaucoup de gens sont prêts à s'investir. Il faudrait se poser la question inverse. L'échelon fédéral s'intéresse-t-il suffisamment à eux ? Ne peut-on pas y puiser les raisons de notre échec ? Tant de talents et de compétences inemployés... C'est cela notre triste réalité. Par ailleurs, je me fous éperdument des courants. Ils fournissent des marqueurs. Ne soyons pas emprisonnés dans ces "repères" qui, de mon point de vue, restent artificiels.Dans vos propos, je ressens toujours une certaine difficulté à accepter la différence en vous référant à de bien vieux logiciels. Ils ont l'avantage de permettre de croire à de nombreuses réalités virtuelles. Répression de l'imaginaire ?@+
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A
oui Denis son point de vue est tres interessant !et il est le point de vue de nombreux jeunes socialistes qui, comme moi, sont un peu décontenancés par certaines attitudes plus que douteuse sur l'unité du parti alors que celles-ci se plaignaient d'un manque de cette unité.......................Et puis socialisme oui mais pas Blairisme comme certain(e)s aimeraient imposer au PS en le justifiant par une fuite de certains "socialistes" vers un gouvernement de droite.Lorsque l'on crée des organisations visant à rendre facultative l'action du parti et des jeunes de ce parti mais à l'arrivée, on en avait vraiment besoin je trouve ca quelque peu déplacé.Alors peut-etre et surement certains n'ont pas fait la part du travail à effectuer, mais il ne fallait pas non plus les mettre au banc de la campagne, et puis d'autres qui n'étaient pas du tout au banc de la campagne se sont reposés sur quelques mains bien naïves et bien motivées pour se permettre de ne faire que le minimum et encore..........Quand aux législatives je n'en parle meme pas.On choisissait pour certains de faire des actions ou non en fonction du courant du candidat..........et je ne citerai pas d'exemple...........Fait plus que honteux lorsque l'on sait que bon nombre de royalistes ont reproché aux fabiusiens et strauss-kahniens de ne pas s'etre impliqués dans la campagne présidentielle.Denis, tu as bien vu l'action des fabiusiens ici dans l'Eure ne serait-ce qu'au niveau des jeunes........Tous ca pour dire qu'il y en a marre des hypocrites, des personnes la jouant electron libre et surtout investis d'une mission divine de rénovation dont eux seuls sont capables, car bien sur ils détiennent la vérité absolue et sont les tetes pensantes du PS, donc comme le dit Razzye il faut "la jouer collectif"..........
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