Comprendre et résister
... à la droite "décomplexée".
Si Sarkozy ne tient pas compte de l'avertissement que les électeurs lui ont envoyé dimanche, et on ne voit pas bien comment il en tiendrait compte puisqu'il a quand même obtenu la majorité absolue à l'Assemblée nationale, nous aurons probablement sous les yeux la réalité de la "droite décomplexée".
Au délà de la formule, un peu vague, se dissimulait, pour les salariés, les gens de gauche l'idée que finalement, c'était bien son droit d'être de droite et de le dire. Pour les partisans de l'égalité sociale, ça pouvait même apparaître comme une revendication juste.
Et si l'on s'étonnait de la soirée au Fouquet's, de l'escapade sur le Yacht de Bolloré et des week end à St Tropez, c'était simplement pour considérer que Sarkozy en faisait certes un peu trop, mais, bon…
La réalité risque maintenant de s'étaler sous nos yeux, sans "complexe" ! Sarkozy n'en faisait pas du tout "de trop". Il envoyait deux signaux. D'abord aux siens : "n'ayez plus peur d'être ce que vous êtes !", puis aux autres : voyez les, vous qui vous levez tôt, en travaillant plus vous gagnerez plus et, peut-être vous enrichirez vous.
N'a-t-il pas dit, tout comme Giscard en son temps : "Je veux une France de propriétaires" !!!
Une droite décomplexée est une droite qui ne craint plus de s'afficher telle qu'elle est : riche, chic, parfois clinquante et la morgue aux lèvres.
Fini le temps de la pudeur. On est riche et on le montre.
On a des amis riches, alors on le dit et on accepte leurs largesses.
Mais surtout, fini le temps de la gestion "sociale" de la crise, fini le temps des politiques d'aides aux plus démunis. S'il le sont, c'est probablement de leur faute. Ce n'est plus le temps des commisérations ou de la compassion, c'est plutôt : "Regardez nous, nous le sommes pas, pourquoi ne faites vous pas comme nous !" Ou bien encore l'inégalité serait une affaire de génétique contre laquelle il n'y aurait rien à faire…
Celles et ceux qui ont été sensibles aux sirènes sarkozistes – et qui n'ont pas "les moyens" – vont vite se rendre compte de la réalité. Cette droite-là nous ramène à la réalité de la lutte classe contre classe. Et la gauche "moderniste" qui s'est employée à la combattre au motif que c'était archaïque va devoir rendre des comptes. Les tenants de "faire de la politique autrement" n'ont plus d'autre choix que de se rendre à cette évidence : rejoindre Sarkozy (et certains l'ont déjà fait) ou s'arrêter en chemin chez Bayrou ! Mais de grâce, qu'ils nous laissent reconstruire en paix !
Car c'est bien de reconstruction dont il s'agit.
La gauche, même avec son score de dimanche, sort en grandes difficultés des élections de ce trimestre.
Certes, les meubles sont sauvés. Mais, même notre gain de sièges ne doit pas nous faire oublier que la droite a maintenant tous les pouvoirs. Les conséquences de sa politique, même si nos députés batailleront pour en limiter les excès, seront dures pour notre peuple.
La gauche doit maintenant reprendre le long chemin de la reconquête de l'opinion. Ce chemin passe obligatoirement par la définition d'un nouveau projet politique de rupture avec le libéralisme, y compris avec ses formes plus ou moins "sociales" la construction d'un outil pour le porter et d'une stratégie pour convaincre les françaises et les français. Rien n'est moins sûr que le parti socialiste soit à même de relever ce défi ! La pipolisation lui a joué le tour pendable du JE au lieu du NOUS ! Et l'on est allé jusqu'au phagocytage de la soirée des élections et des analyses par l'annonce de la rupture de Ségolène et de François. Pitoyable niveau de conscience politique que cette annonce là, à ce moment là…
36 ans nous séparent du congrès d'Épinay où s'est créé le Parti socialiste sur les ruines de la SFIO. Un cycle politique s'est achevé. Le parti d'Épinay n'est plus ! La multiplication des clubs, comités, regroupements, etc. est un signe qui ne trompe pas. De même, la situation affaiblie de la gauche non socialiste pousse les adversaires de l'union des gauches au renversement des alliances et à la négociation avec le MoDem dans les perspectives des prochaines élections locales (municipales et cantonales, en mars 2008 ?)… Et, de ce point de vue, le positionnement politique de Ségolène Royal n'est pas le moindre de ces signes…
A cet égarement de la gauche répond la claire détermination de la droite sarkozyste. Là où Sarkozy a réussi à construire une véritable organisation politique, dotée d'un programme "sans complexe" et d'une stratégie implacable, y compris le débauchage, là s'est disloquée la gauche politique et d'abord idéologique. En tout cas, ce qu'il en reste doit sérieusement se poser la question de la sortie de la crise qui la traverse.
Et le travail ne va pas manquer.
D'abord l'idéologie. La bataille électorale n'a de sens qu'alors qu'elle s'appuie sur la promotion des idées. Égalité, justice sociale, émancipation, transformation sociale, solidarité, intégration.
Là où la droite parle privatisation, il faut expliquer service public.
Là où la droite parle de communautarismes, il faut expliquer la Laïcité.
Là où la droite parle de communautarismes, il faut expliquer la Laïcité.
Là où la droite parle maintenant ouvertement de méritocratie, il faut promouvoir la solidarité.
Là où la droite veut la TVA sociale pour payer les cadeaux fiscaux aux riches, il faut parler de solidarité par la redistribution des richesses produites.
Là où la droite parle de franchises de santé, il faut encore parler de solidarité par la taxation des plus values boursières au même titre que celle des salaires pour le financement de notre système de santé.
En un mot, il ne faut plus avoir peur de parler de lutte des classes car c'est cette droite décomplexée là qui nous la ramène sous les yeux, sans aucune pudeur ! Elle, elle n'a jamais oublié sa base sociale. Elle défend les intérêts du MEDEF et des propriétaires des capitaux du CAC 40.
Là où la droite veut la TVA sociale pour payer les cadeaux fiscaux aux riches, il faut parler de solidarité par la redistribution des richesses produites.
Là où la droite parle de franchises de santé, il faut encore parler de solidarité par la taxation des plus values boursières au même titre que celle des salaires pour le financement de notre système de santé.
En un mot, il ne faut plus avoir peur de parler de lutte des classes car c'est cette droite décomplexée là qui nous la ramène sous les yeux, sans aucune pudeur ! Elle, elle n'a jamais oublié sa base sociale. Elle défend les intérêts du MEDEF et des propriétaires des capitaux du CAC 40.
De même, la toute puissance des médias a rejeté très loin de nous l'exercice du libre arbitre. Penser pas soi-même, se méfier de ce qui nous est présenté comme "allant de soi", comme de "bon sens" est devenu un luxe d'intellectuels alors qu'il est le point de départ de la prise de conscience de gauche, base nécessaire à l'émancipation sociale.
Pour cela, il faut réadmettre que l'on ne naît pas socialiste mais qu'on ne le devient que par la réflexion et la formation !
Ensuite, la lutte politique. Il faut reprendre le chemin de l'action politique. Redevenir militant. Savoir parler, expliquer, commenter un texte, soutenir une polémique, organiser une lutte à partir d'un comité de défense, d'un comité de grève. Savoir s'organiser collectivement. Maîtriser les conditions de l'élaboration collective. Bref savoir RESISTER, savoir militer ! Cela aussi passe par la réflexion et la formation !
Enfin, réunir les forces disponibles. Les conditions des bons reports de voix dimanche dernier reposent sur le respect des femmes, des hommes et des idées des différentes composantes des gauches. C'est ce travail de redéfinition d'une stratégie d'union de toutes les gauches qu'il faut entreprendre. Cela ne se fera pas d'un coup de baguette magique. Il sera long et semé d'embûches. Non seulement celles que nous rencontrerons à l'interne, mais aussi celles que la droite dressera contre nous, et qui seront d'autant plus difficiles à contourner que nous redeviendrons une menace pour elle…
Alors que celles et ceux qui ne sont pas d'accord avec cette entreprise, le disent très vite et aillent ailleurs, là où ils sont attendus. Car la refondation de la gauche passe, inéluctablement, par un premier travail de CLARIFICATION des bases idéologiques du combat des socialistes.
Bon courage, et à bon entendeur… !
Gérard Contremoulin.
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